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DIAMANTINO

De réjouissantes manipulations autour d'une figure du foot

Diamantino est un footballeur surdoué, dont le seul plaisir est de se retrouver sur le terrain et dont la célébrité semble sans égale. Mais lors de la finale de la coupe d’Europe, il rate un but et semble avoir perdu son don. Lui qui vit dans l’opulence et a un cœur gros comme ça, va devoir se trouver une autre raison de vivre. Il décide alors d’adopter un petit migrant...

Film portugais aussi inattendu que réjouissant, "Diamantino" prend le nom de son personnage principal, footballeur écervelé, manipulé de toutes parts, par ses sœurs avides d'argent, par la ministre des sports souhaitant créer l'équipe parfaite, et par deux agents lesbiennes des services secrets. Au centre du dispositif, un acteur ressemblant comme deux gouttes d’eaux à Ronaldo, jouant les naïfs, auquel le contrôle de sa vie échappe, et obligé de sortir peu à peu d’un cocon aussi rassurant qu’infantilisant.

Au travers d’un scénario improbable, qui vous happe irrésistiblement par son étrangeté et son cynisme, d'intéressants sous-titres apparaissent progressivement, concernant l'attitude vis à vis des migrants, les élans nationalistes, le jusqu'au-boutisme des politiques, l’évasion fiscale, la crise économique et la vision dévoyée de l'Europe. Les dialogues surprennent, comme lors de l’interview télé où ils transpirent le placement de produit. Et les metteurs en scènes utilisent tous les vecteurs possibles pour arriver à leurs fins, de l’ordinateur du naïf héros, rempli de photos d’animaux « gentils », aux fausses publicités pour la construction d’une muraille défensive.

Mais ce qui fascine au fond, ce sont les parti-pris scénaristiques, tournant notamment en ridicule le talent du héros (il voit des chiots géants dans une brume rosâtre lorsqu'il évolue sur le terrain...), moquant la notion de virilité, crucifiant le placement de produits tous azimuts... On se régale face à cette fable politique moderne et originale, aux allures étranges mais à l'inventivité qui semble sans limites. Un véritable souffle d'air frais, branché sur l’actualité, qui aura remporté un fort mérité Grand Prix de la Semaine de la critique 2018, à Cannes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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