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LES DEUX AMIS

Un film de Louis Garrel

Le surplace des « grands hommes »

Mona purge une peine de prison mais bénéficie d’un régime de semi-liberté qui lui donne la possibilité de travailler pendant la journée dans une sandwicherie de la gare du Nord. Clément, figurant de cinéma, est fou amoureux d’elle, mais il ignore totalement sa situation et tente en vain d’obtenir ses faveurs. Un jour, il demande l’aide d’Abel, son seul et meilleur ami. Mais celui-ci, dragueur impénitent, n’est pas insensible à la beauté de Mona…

Pour faire simple, on pourrait dire que c’est l’histoire de deux idiots qui courent obstinément après une jolie jeune femme qui ne leur a rien demandé et qui, à force de ne pas savoir comment (ré)agir, finissent par accompagner cette dernière dans un surplace des plus embarrassants. Tout le problème du premier long-métrage de Louis Garrel réside là-dedans : user d’un point de départ propre à un récit de trio godardien (façon "Bande à part", par exemple) et ne rien avoir à proposer d’intéressant pour étayer ces déambulations soi-disant légères. Là où son très joli moyen-métrage "Petit Tailleur" avait su révéler un certain savoir-faire pour l’énergie narrative, la mélancolie cotonneuse et la précision du regard, on sent ici que Garrel a voulu soit trop en faire – certaines scènes ne servent à rien – soit n’en faire pas assez – chaque début de mise en tension ne suscite ici qu’une gêne polie. Au bout du compte, on n’est même pas sûr que ce film puisse éventuellement être le résultat d’un scénario de moyen-métrage, que Garrel aurait voulu étirer au max pour atteindre la durée d’un long-métrage standard.

Il faut déjà dire que le casting du film n’est clairement pas pour rien dans cette déception. Face à un Garrel toujours aussi régulier dans ses postures de mannequin La Redoute et sa nonchalance verbale (à part « Euh, ouais... » ou « Euh, je ne sais pas », sait-il dire autre chose ?), on n’en peux juste plus de retrouver l’exaspérant Vincent Macaigne rejouer le rôle du pot de colle dépressif qui harcèle une nana sans comprendre qu’elle veut qu’il la laisse tranquille (ceux qui ont déjà vu "La Bataille de Solférino" et "Une histoire américaine" me comprendront…), débitant ses répliques avec l’énergie d’un escargot sous Tranxène et réussissant à n’être ni crédible ni drôle une seule seconde lorsqu’il ouvre la bouche – on a même l’impression qu’il est enroué. Nos deux acteurs sans charisme jouent ici deux types dont l’amitié – un thème sans doute plus complexe que prévu pour Garrel – s’avère horriblement mal écrite. Par exemple, lorsque Clément avoue à Abel que leur amitié ne lui convient plus, on se demande bien quel en a été le déclencheur. Et lorsque les ruptures de ton s’invitent dans le récit, notamment en cherchant à faire rentrer le burlesque dans une histoire déjà totalement creuse, rien ne sonne juste.

Pour le reste, entre un hommage au 7e Art qui fait plus pièce ajoutée qu’autre chose (un peu ras-le-bol des films bobos qui exploitent Mai 68 à des fins métaphoriques), deux danses accessoires de Golshifteh Faharani (dont une qui tient plus de la gesticulation nonsensique qu’autre chose) et un final foireux sur fond de vaudeville sentimental dans un hôtel (avec les soupçons de coucheries d’une chambre à l’autre et le réceptionniste gay qui va avec : chez Max Pécas, c’était plus drôle…), on ne peut être sûr que d’une chose : la Nouvelle Vague n’est plus qu’un lointain souvenir et, à moins de s’appeler Jean-Luc Godard ou Olivier Assayas, ceux qui tentent aujourd’hui d’en reproduire la forme et le concept, évidemment sans la moindre velléité thématique ou théorique, ne donnent rien d’autre que l’impression de faire du cinéma comme on lave ses vieux vêtements.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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