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DEAD MAN TALKING

Shéhérazade en milieu carcéral

Alors qu’il s’apprête à recevoir l’injection fatale, un condamné à mort se voit offrir la possibilité de faire une dernière déclaration. Mais la loi ne précisant pas la durée de cette intervention, il va profiter de ce vide juridique pour conter sa vie et repousser inlassablement la sentence. Le destin de cet homme va alors devenir l’attraction principale des médias et un enjeu politique majeur…

Le belge Patrick Ridremont débarque dans le paysage cinématographique français avec un premier film coup de poing. Principalement connu hors de nos frontières pour ses pitreries sur scène et ses différentes émissions de télévision, le comédien a décidé de passer derrière la comédie pour un long-métrage atypique, entre tragédie et absurdité. C’est dans l’obscurité que débute "Dead Man Talking", avec un montage parallèle nous montrant un homme reclus dans la pénombre de sa cellule et une scène extrêmement violente où le même individu malmène un jeune couple. Dans un cadre narratif entièrement neutre, sans précision de lieu ni d’époque pour renforcer l’universalité de cette fable noire, la caméra va suivre le destin d’un condamné à mort dans une prison insalubre. Et alors qu’il s’apprête à recevoir l’injection mortelle et qu’on lui demande ses dernières paroles, innocemment, celui-ci va vouloir savoir de combien de temps il dispose, interrogation qui va repousser sa mort prématurée et chambouler le cours de son existence. Chaque jour, entre vingt heures et minuit, il devient le centre de toutes les intentions, le nouveau héros déclamant son histoire, non sans talent, devant une horde de journalistes.

La vie de ce condamné se transforme subitement en incroyable show télévisé, moyen utilisé par le cinéaste pour critiquer notre société voyeuriste où tout est bon pour le spectacle, et en enjeu de lutte de pouvoir, histoire d’insister sur la corruption de nos élites politiques. Ambitieux sur le fond, ce premier film l’est également incroyablement dans sa forme. Dans un univers fictif mais extraordinairement révélateur de notre quotidien, Patrick Ridremont navigue entre burlesque et drame, entre exubérance et minimalisme, sans jamais s’éloigner de sa trame narrative. Pour autant, chaque personnage, finement caractérisé, dispose de ses propres scènes, celles-ci contrastant entre le ridicule des politiques dans une image kitsch et le drame d’un homme qui n’était plus habitué à tant de lumières. Par des codes très simples, le réalisateur donne une incroyable force à son conte pamphlétaire, bien aidé par des répliques terriblement acides, comme ces discours entre les communicants du gouverneur et le condamné à mort.

Écartant le débat sur la peine de mort, "Dead Man Talking" est une comédie acerbe extrêmement corrosive, où le second degré permet de révéler les pires errances de notre société. Ayant porté cette histoire depuis des années, Patrick Ridremont, scénariste, acteur et réalisateur, a pris tout le temps de peaufiner sa fable contestataire. A son image, le casting ne commet aucun faux pas. Les seuls regrets possibles pourraient concerner cette mise en scène relativement lourde, très insistante, qui risque d’en agacer plus d’un, notamment dans sa dimension christique assumée. Toutefois, oser un mélange des genres aussi drastique et ambitieux mérite toutes nos louanges, et ce mort qui parle a définitivement des choses intéressantes à nous apprendre. Un belge de plus à suivre !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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