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COMME UN POISSON DANS L'AIR

Un film de Camille

Quand une chercheuse de sons filme sa grossesse

La chanteuse Camille attend son deuxième enfant. Elle vit sa grossesse à sa façon, cherchant les sons et la poésie un peu partout…

Comme un poisson dans l'air film movie

Sortie le 30 juin 2021 sur le site officiel (avant-première le 28 juin, suivie d’un débat avec Camille)

Si vous êtes plutôt réfractaire à la musique de Camille, passez votre chemin car il est très probable que ce film vous déplaise également. Mais si c’est tout le contraire (comme l’auteur de cette critique pour qui la tournée de l’album "Ilo Veyou" reste l’un des plus beaux concerts de sa vie), voici une façon originale de plonger dans l’univers unique de la chanteuse.

Malgré une qualité d’image guère enthousiasmante, "Comme un poisson dans l’air" happe rapidement pour son iconoclasme assez inclassable. Journal filmé d'une grossesse, ce film se situe quelque part entre l’essai poétique, l’expérimentation underground, le récit illustré pour enfants et le documentaire intime ! On se surprend ainsi à vivre des expériences très diverses au fil du film. Parfois un peu illuminé et mystique, flirtant par moments avec la limite du ridicule et du naïf, "Comme un poisson dans l’air" suit Camille dans sa manière très personnelle d’envisager et vivre sa grossesse.

Pour elle, tout est prétexte au jeu et à la recherche de sons. Avec son énergie débordante et sa curiosité sans limite, dignes d’une perpétuelle gamine ne voyant que le beau autour d’elle, Camille alimente son film de dessins et de mélodies qu’elle improvise en partie en fonction des situations, assortissant le tout d’un commentaire sonnant comme un conte poétique à la Saint-Exupéry – ce qui n’est évidemment pas étonnant de la part de celle qui avait écrit trois chansons pour "Le Petit Prince" de Mark Osborne en 2015. On a donc souvent un sourire béat devant la tendresse des mots, l’innocence de certaines séquences ou la créativité musicale parfois bouleversante (comme lorsque Camille imagine une mélodie à partir des sons de l’échographie). Si on se laisse aller un tant soit peu, on peut même, avec certaines scènes, s’approcher d’un état de transe.

Çà et là, on essaie également, comme Camille, de comprendre comment un fœtus perçoit les sons ou comment les femmes vivent leurs grossesses (sans évacuer celles qui n’aboutissent pas, volontairement ou non). « Je me nourris de sons comme tant de femmes depuis la nuit des temps », dit-elle. À sa façon, elle tisse des liens étonnants et elle inscrit son film dans une sorte de sororité à la fois artistique, charnelle et passionnelle (qui n’éclipse pas pour autant les hommes, qui ont aussi une place dans cette pérégrination).

Impudique, elle délivre aussi son corps, assumant pleinement sa liberté au mépris des tabous : elle remet en scène avec son ami Reggie Watts le célèbre tableau "Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs" en exhibant son sein en plein musée du Louvre (un écho aux performances dénudées de Deborah De Robertis ?) ; elle met en scène un mariage lesbien avec son amie Emily Loizeau qui est enceinte en même temps qu'elle pour la seconde fois (« parce que ce qui unit les gens pour la vie, c’est d’avoir des enfants au même moment ») ; elle se promène dans une forêt avec pour seul habit un voile transparent ; elle se baigne nue dans une piscine circulaire qui devient une métaphore de l’accouchement (l’architecture du lieu affichant un V qui a quelque chose de symboliquement vaginal).

Si le métrage se clôt de façon un peu abrupte sur cette séquence aquatique, il nous laisse dans une sorte d’état second, avec des émotions et perceptions quelque peu désorientées. Comme un envoûtement filmique et musical.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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