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COLUCHE, L'HISTOIRE D'UN MEC

Coluche fait rire

Un bout de vie de cet agitateur grandiose que nous connaissons tous, alors qu’il décide de se mêler de politique en se présentant aux élections présidentielles de 81...

Chacun de nous a en lui une image plus ou moins précise de ce clown jubilatoire. Que vous le connaissiez par cœur, qu’il ne soit que bribes de souvenirs, le bonhomme en salopette vous évoque quelque chose et ce quelque chose n’est pas rien, vous le ressentez intimement. C’est une époque, une touche, des possibles, du bidonnage à gogo à propos de sujets délicats, du culot et de la gouaille. C’est de la vie à bras le corps, avec tout ce qu’elle contient d’intime, de casse-gueule, de doux-amer, de prises de conscience aiguës.

Je ressens cela quand le pense à Coluche, malgré le fait que je le connaisse bien mal, malgré le fait que je n’étais qu’une enfant quand il est mort. J’écoutais avec mon père ses sketches à la radio, en allant à l’école, et je ne quittais pas l’auto avant qu’il ait terminé, quitte à me mettre en retard. Il y eut même un Noël où, à 7-8 ans, après avoir bien réfléchi avec ma cousine pour savoir ce qu’on voulait vraiment, nous avons demandé, très solennellement, d’aller manger... aux Restos du Cœur.

Tout cela pour dire que le personnage est présent, de manière diffuse mais forte, en bon nombre d’entre nous. De fait, il m'apparaît comme incompréhensible l'option qu'a pris Antoine de Caunes en faisant une biographie parcellaire et lisse sur un génie populaire.

Est-ce simplement pour ne pas oublier ? Nous n’oublions pas, qu’il se rassure. C’est que l’époque n’est plus tout à fait la même, le monde s’est contracté et individualisé, les gens sont angoissés, fatigués et n’ont plus facilement accès à cette souplesse d’âme qu’est le rire. Ce serait quelque peu condescendant de penser qu’il s’agit d’oubli quand il s’agit de difficulté.

Est-ce pour documenter la vie de Coluche afin que nous la connaissions plus en détail ? Cela n’a pas grand intérêt, surtout de la manière dont c’est mené. Coluche, l’homme, a ses crises de nerfs, ses défaillances, ses peurs, ses accès dictatoriaux, sa tristesse, son excentricité, sa bonhomie, sa gentillesse, sa détermination. Très bien. C’est un être humain, fait de paradoxes, de contradictions, de moments de grâce et d’incapacités. Soit.

Merci M. De Caunes, mais ça nous avait déjà effleuré, et ce n’est pas en déballant linéairement une succession de faits désincarnés que la sensibilité débordante et l’histoire de ce mec vont toucher et travailler nos sens en profondeur. On apprend juste qu’il faisait des bottes hideuses - c’est rigolo -, que c’était un bikeur-crâneur – ça le regarde -, qu’il n’a pas franchement assuré avec sa famille - quel dommage ! Tout cela est anecdotique, tout cela s’enchaîne comme les lignes longitudinales discontinues sur une nationale déserte et finit par vous ennuyer.

Le contenant est très alléchant, mais il n’y a rien à l’intérieur, pas de véritable regard – si ce n’est un vague essai frileux et très agaçant de sensibilisation politique - , pas de choix de mise en scène (on fait au plus propre, au moins risqué). C’est un film tiède, bien français, qui fonctionne sur des acquis, qui refuse de se planter, vous bouscule raisonnablement.

Même si je ne suis pas une fan des comparaisons, mais quand on a vu la résonance et la profondeur que donne toujours conjointement Pialat et Dutronc à Van Gogh, Forman et Carrey à Kaufman - grâce à un regard et grâce au cinéma - , on ne peut qu’être dépité devant un De Caunes inexistant demandant à son acteur d’être « comme », alors qu’il s’agit là d’énergie, de flux, et donc d’inimitable. La maladie va t-elle encore durer longtemps ?

Theodora OliviEnvoyer un message au rédacteur

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