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LA CHUTE DE LONDRES

Un film de Babak Najafi

Faut pas faire chier Léonidas !

Suite au mystérieux décès du Premier ministre britannique, tous les leaders du monde occidental sont invités à Londres pour ses funérailles. Un événement qui tourne vite à la catastrophe : une série d’attentats paralyse toute la capitale, les chefs d’État sont majoritairement exterminés et la plupart des monuments de la ville réduits en cendres. Par chance, le président américain a réussi à échapper au massacre grâce à l’aide de l’agent secret Mike Banning. Une riposte va alors s’engager contre une bande de terroristes particulièrement coriaces…

Très franchement, "La Chute de la Maison-Blanche", ça sentait un peu le sapin. Non pas que l’on soit réfractaire à l’idée de mettre un peu d’espace entre deux films d’auteur pour se caler un petit actionner à la sauce 80’s, à base de héros bourrin aux répliques sacerdotales, de méchants terroristes bien caricaturaux et d’un taux de bushisme à en mouiller le caleçon de Chuck Norris. La plupart des cancres cinéphages savent pertinemment que le second degré a toujours été ce qui faisait la force de cette catégorie de films d’action post-"Die Hard", avant tout conçus par des studios acquis à la gloire de l’Amérique triomphante et des clichés les plus ridicules. Sauf qu’en l’occurrence, le film d’Antoine Fuqua nous donnait surtout envie de recracher notre pop-corn par les narines : le manichéisme était si excessif et la mise en scène si conventionnelle que l’on en arrivait à se demander si les responsables de la chose se rendaient vraiment compte de ce qu’ils étaient en train de faire.

Se farcir une suite laissait présager le pire. Et à première vue, c’était bien parti : sous couvert d’une menace qui vise désormais la sauce à la menthe au lieu du ketchup, la recette reste la même, enquillant du badaboum non-stop, de très vilains terroristes repêchés des toilettes d’"Air Force One", des pays alliés qui ne font pas le poids devant la « perspicacité » de la bannière étoilée, l’Oncle Sam de nouveau érigé en maître du monde incontesté, et en guise de happy-end, une propagande plus facho tu meurs qui devrait faire plaisir à l’outrancier Donald Trump. Sauf que la valse des chaises musicales à laquelle se livrent la plupart des tâcherons hollywoodiens porte parfois ses fruits. Là où Fuqua exécutait le taf demandé sans un seul regard ironique sur les conneries de son film, Babak Najafi a visiblement su faire la part des choses sur "La Chute de Londres", et a choisi de prendre cette suite pour ce qu’elle est, à savoir un gros marshmallow patriotique à deux de QI, qui joue la carte de l’excès de zèle décomplexé à tous les étages.

Le scénario fait déjà très fort pour friser la parodie involontaire, entre le coup éculé de la technologie HS (oui, les scénaristes ont visiblement vu "Die Hard 4"…), l’échantillonnage permanent qui vire au joyeux bordel (il y a tant de personnages qu’on oublie très vite qui est qui et qui fait quoi) et des punchlines à se rouler par terre (« Je me demandais quand vous alliez enfin sortir du placard ! », dit le héros en voyant le président américain utiliser enfin un revolver !). Sans parler d’un grand nombre de pointures hollywoodiennes venus boire un petit café (en particulier les excellents Melissa Leo et Robert Forster, qui ne font rien à part sortir une réplique chacun !) et des présentations des chefs d’État qui nous font hurler de rire : le ministre japonais stoïque dans sa Toyota, le couple d’italiens amoureux sur le toit de l’abbaye de Westminster, la chancelière allemande tirée à quatre épingles, le ministre canadien qui se fait engueuler par sa fille au téléphone, etc.

Même bilan sur l’action, bien plus décomplexée qu’avant en raison d’explosions en 3D aux relents de bouillabaisse numérique et qui ferait presque passer le film pour un jeu vidéo grandeur nature. De même que la malice d’Hollywood à reproduire les recettes gagnantes du moment boit ici du petit lait : au beau milieu de flinguages dynamiques et de bagarres bien violentes dans lesquelles le bourrin Gerard Butler semble prendre son pied à jouer les gros durs, on aura le temps d’admirer un long et immersif gunfight en plan-séquence sur plusieurs rues de Londres (oui, le réalisateur a visiblement adoré "Bidrman"…), et on pourra même savourer quelques tentatives de shoot’em up en caméra thermique (oui, le chef opérateur a visiblement étudié "Sicario"…). Pour ce genre d’excès de zèle totalement à l’ouest, et pour les sourires réguliers qu’il nous colle sur le visage, cet actionner bien débile mérite le coup d’œil.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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