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CASH

Un film de Jérémie Rozan

Requins de la haute contre gens d’en bas

Daniel Sauveur le sait depuis son enfance : à Chartres, sa ville natale, c’est toujours les Breuil qui gagnent. Personne ne peut lutter face à cette famille fortunée dont dépend économiquement une partie non négligeable de la population locale. Pourtant, il est prêt à saisir la moindre opportunité de remettre en cause cette domination…

Cash film movie

Sortie le 6 juillet 2023 sur Netflix

Avant de réaliser ce premier long métrage, Jérémie Rozan a déjà collaboré avec Netflix en réalisant trois épisodes de la série "La Révolution". Mais encore avant, il a réalisé des clips et des publicités, dont certaines pour Givenchy et Louis Vuitton. Cela ne manque pas de sel quand on le voit désormais aux commandes d’un film narrant une arnaque au sein d’un entreprise de distribution de parfums de luxe !

Alliant divertissement et critique sociale, "Cash" (dont le titre doit être compris à la fois pour le fric et la franchise) parvient à surprendre sous des allures de déjà-vu. Les retournements de situation ne manquent pas, et l’humour grinçant non plus. À la tête d’une galerie de personnages hauts en couleur, Raphaël Quenard – acteur incontournable en 2023 – est magistral, avec son aplomb et sa gouaille singulière. Dans l’autre « camp », Antoine Gouy est aussi un choix pertinent dans le rôle du patron « fils de » dont l’apparente arrogance cache un manque d’assurance et une profonde naïveté.

"Cash", c’est un peu la revanche de l’homme du peuple face aux puissants dont le cynisme et les travers ne sont jamais punis à la hauteur des dégâts qu’ils causent – et rien que pour cela, c’est jouissif. Tout n’est toutefois pas si facile : il y a forcément des bras cassés, des erreurs commises, des plafonds de verre (au passage, notons également la DRH, incarnée par Agathe Rousselle, qui se voit passer devant par un mec incompétent malgré les promesses d’avancement de carrière). Et le récit a l’intelligence de se dérouler dans cette France marginalisée et périphérique, donc une France de seconde zone, méprisée ou oubliée par les villes et régions qui dominent l’économie du pays. Sous les airs d’une comédie qui aurait pu être populiste et grossière, ce film livre un constat étonnamment fin de l’état du pays et des conséquences du libéralisme.

À travers ses choix esthétiques (y compris la bande-son : Bouga, Jul, Yellowman…), Jérémie Rozan s’inscrit dans les codes des films de banlieue, rapprochant ainsi le vécu des cités et le sentiment de déclassement des villes moyennes. Et puis bon, cet aspect un peu tape-à-l’œil, c’est aussi pour le style, qui lorgne franchement sur le film de casse à la "Ocean’s Eleven". Car comme le dit le héros, l’essentiel de la vie, c’est le panache !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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