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BURNING

Un film de Lee Chang-dong
Avec Yoo Ah-In...

Un thriller parfaitement maîtrisé

Un livreur désargenté, dont le père est sur le point d'être jugé pour violence, croise par hasard une jeune fille qu'il avait connue au collège. Ayant initialement des difficultés à la reconnaître, celle-ci ayant subi une opération de chirurgie esthétique, il se laisse cependant séduire et accepte de garder son chat en son absence. Mais lorsque celle-ci revient enfin, c’est aux bras d’un autre homme, bien plus aisé que lui...

Débutant par un long plan séquence montrant une ville grouillante et magnifiant ainsi la rencontre hasardeuse du héros et de l’héroïne, "Burning" se meut progressivement en une enquête potentiellement paranoïaque, dont la résultante laissera aux spectateurs de nombreuses interrogations. Autour d’un triangle amoureux où la perversion semble pointe son nez, à moins que ce ne soit le fruit de l’imagination d'un garçon timide et malade, le scénario tisse une intrigue à tiroirs jouant sur la notion de disparition.

La pantomime du début, qui nous assène un « l’important c’est d’oublier qu’elle n’existe pas » marque le point de départ d’un jeu de piste, pouvant aussi bien rendre fou le personnage principal que le spectateur. Stimulant délicieusement ses propres pulsions, le script joue sur l’absence (du chat, qui ne montre jamais son nez, de la fille mystérieusement disparue, des serres qui brûlent étrangement dans la campagne, d’un puits que l’on aurait creusé…), sur les fantasmes du héros, qu’ils soient sexuels ou relationnels, mais aussi sur la question des apparences. Percolant jusque dans les dialogues, l’ambiguïté et la provocation fait ainsi monter la pression sur le personnage central.

Côté mise en scène, Lee Chang-Dong ménage ses effets, soigne ses cadres et prend le temps d'installer une ambiance qui devient de plus en plus étouffante. Inquiétude grandissante, personnages troubles, transmission de la violence, création littéraire, dans "Burning" tout se mêle avec délectation, rien n'est clair, et l'obsession remplace progressivement l'amour. Un thriller parfaitement maîtrisé, reparti du Festival de Cannes avec le Prix de la critique internationale (FIPRESCI), qui vous marque d’une empreinte persistante.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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