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BULLHEAD

Peur sur la frontière linguistique

En pays flamand, un éleveur de bovins profite des livraisons clandestines d'hormones qui sont faites pour son bétail, pour se piquer lui aussi. Du jour au lendemain, son fournisseur se retrouve assassiné, d'autres souhaitant contrôler le marché. Des garagistes wallons sont sensés faire disparaître la voiture qui a servi au meurtre...

Avec un préambule en voix-off, d'une noirceur infinie, affirmant que quand les choses ne sont pas réglées dans le passé, cela resurgit forcément un jour ou l'autre, "Bullhead", film flamand, navigue du côté du polar, tout en faisant progressivement de plus en plus de place au drame humain. L'intrigue, une sombre histoire de lutte d'influences et de trafic d'hormones chez les éleveurs bovins de Belgique, remet face-à-face après 20 ans de séparation, deux amis d'enfance. En présence l'un de l'autre, une gêne insaisissable est immédiatement palpable, mais restera longtemps inexpliquée, le scénario ménageant avec subtilité le suspense.

Les deux interprètes sont pour beaucoup dans la perception du malaise ambiant. Parmi eux, il y a Jacky, un trentenaire ultra baraqué, qui semble en permanence sous influence, un œil à moitié clos, le regard dans le vague, empli d'une rancœur ou d'une haine dont on finira plus tard par comprendre les raisons. Ce dernier s'injecte des hormones par piqûres intra-musculaires et prises de cachets. Il constitue une véritable bombe à retardement, une montagne de muscles au visage ponctuellement humain. Il a de quoi effrayer autant le spectateur que son ami, personnage trouble, qui s'avère aussi craintif que fuyant.

Une fois le terrible secret qui unit les deux hommes révélé, le scénario peut dérouler une deuxième partie encore plus sombre, véritable requiem vengeur, aussi angoissante qu'étrangement émouvante. Une flopée de personnages, plus louches ou dégénérés les uns que les autres, les entoure, dont un personnage féminin (pratiquement le seul) pris au piège dans ce sac de vipères et qui pourrait offrir une planche de salut au héros maudit du film. Nul doute que chez les spectateurs « Bullhead » (« Tête de bœuf ») restera comme un film viscéral où le mépris tutoie une profonde envie d'une vie qui ne peut être. Michael R. Roskam, qui a su au passage illustrer par son film (et c'est chose bien rare) la haine profonde entre Flamands et Wallons, est un réalisateur à suivre.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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