avec ou sans moustache

BROOKLYN AFFAIRS

Un film de Edward Norton

Film noir pour mise en scène éclairée

Lionel Essrog doit beaucoup à son mentor Frank Minna, qui l’a sorti de l’orphelinat et lui a permis de travailler en tant que détective privé. Lorsque celui-ci est assassiné, l’homme va se lancer dans une quête effrénée au cœur des méandres de New-York pour découvrir la vérité…

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Peu de gens le savent mais Edward Norton était déjà passé derrière la caméra. C’était en 2000, pour la comédie romantique, "Au nom d’Anna", dans laquelle la belle Jenna Elfman venait chambouler les convictions des personnages interprétés par Ben Stiller et Norton himself. Près de vingt ans plus tard, l’acteur se lance à nouveau dans un défi de mise en scène, cette fois bien plus ambitieux : s’attaquer au genre iconique du film noir. Et pour réussir son pari, le cinéaste va en reprendre les codes identifiés (voix-off, femmes fatales, imperméables et chapeau, club de jazz) tout en osant s’amuser avec la narration, et multiplier les dédales scénaristiques pour enrober son œuvre de la même étrangeté qui entoure les protagonistes.

Le métrage s’ouvre ainsi sur deux hommes discutant dans une voiture. L’un semble atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, l’autre pas très futé. La tension est palpable, la conversation énergique. Les mots fusent, ponctués des bégaiements et insultes de Lionel. On comprend doucement la situation : nous sommes en 1957 à New-York et les compères sont en filature, assurant les arrières de leur mentor Frank Minna. L’effervescence est de plus en plus tangible, les moteurs vrombissants se font entendre. La surveillance se transforme en course-poursuite, le drame inévitable les attendra au bout du chemin. C’est le début d’une plongée vertigineuse dans les bas-fonds de la Big Apple, dans les ramifications labyrinthiques d’un système américain où la corruption s’érige en valeur sacrée.

Si Edward Norton rêvait d’adapter depuis très longtemps "Les Orphelins de Brooklyn" de Jonathan Lethem, il lui aura fallu plus de deux décennies pour en esquisser les contours et passer à l’acte. Le temps notamment de décider de basculer l’intrigue au cœur des années 50, là où les évènements se déroulent en 1999 dans le bouquin originel. Le choix s’avère plus que judicieux tant le charme suranné de l’époque rajoute à l’élégance plastique de ce polar pictural, où la photographie de Dick Pope ("L’Illusionniste", "Another Year") rappelle les plus belles toiles d’Edward Hopper. Avec un Be bop fiévreux en fond sonore, un casting au top (même Bruce Willis), et une réalisation inspirée, "Brooklyn Affairs" est une sacrée belle surprise, un hymne ardent aux idéalistes et un drame policier parfaitement maîtrisé, écho à notre époque tout en respectant l’héritage culturel du genre. Monsieur Norton, n’attendez pas vingt ans pour mettre en boîte le prochain !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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