Banniere-Berlinale-2019

BRONSON

À poings fermés

L'histoire vraie du plus dangereux prisonnier d'Angleterre : Michael Gordon Petersen, alias Charles Bronson...

Sortie dans l’indifférence totale il y a trois ans, la trilogie "Pusher" avait révélé le talent d’un cinéaste profondément anticonformiste et viscéral, le Danois Nicolas Winding Refn. Une redéfinition post-moderne et réaliste du film de gangster, filmée caméra au poing dans les recoins interlopes de la capitale danoise, et qui aura permis à l’un de ses acteurs, l’excellent Mads Mikkelsen, de démarrer une carrière internationale (le Chiffre de "Casino Royale", c’était lui). Une révélation qui se confirme aujourd’hui avec la sortie de "Bronson", nouveau film du réalisateur. Et nouveau choc.

Collant aux basques d’un Tom Hardy transfiguré (second couteau vu dans "RockNRolla" ou "Layer Cake"), Refn laisse de côté l’hyper-réalisme des "Pusher" et utilise toutes les ressources du cinéma pour nous plonger tête baissée dans l’univers violent et tourmenté d’un sociopathe de la pire espèce, ici en plein one-man-show mental (le film est présenté comme une « pièce » racontée à un public) : enfermé quasi-continuellement depuis plus de 25 ans (il n’est sorti que 60 jours), Bronson (pseudo choisi par son manager de combats illégaux) s’offre à nous comme un homme complexe et tourmenté, incapable de la moindre relation sociale, et trouvant dans la force de ses poings la réponse à son ennui existentiel.

Une descente aux enfers éprouvante (de l’isolement à l’hôpital psychiatrique, Bronson aura tout connu de l’enfer carcéral), dont le cynisme extrême renvoie au "Orange mécanique" de Kubrick et au "Fight Club" de Fincher : même fascination morbide pour la violence, même réflexion ludique et désespérée sur ses causes et ses conséquences, même sentiment d’aliénation sociétale de l’individu...

"Bronson" est un film percutant à l’humour féroce (la séquence avec le professeur de dessin) et à la violence sèche (les coups font vraiment mal), monté et mis en musique avec une force sidérante (en alternant musique classique et plages électro, Refn illustre à merveille la dualité d’un homme coincé dans ses contradictions) et qui continue de vous hanter longtemps après la projection. Vivement le mystérieux "Valhalla Rising", film de Viking avec Mads Mikkelsen dans le rôle d’un guerrier muet et borgne !

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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