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LE BRIO

Un film de Yvan Attal

Une comédie maladroite et fourre-tout qui ne fait pas honneur à son titre

Neïla est en retard pour son premier cours de droit à la prestigieuse faculté de Panthéon-Assas. Et lorsque l’enseignant est en plus le réputé Pierre Mazard, son arrivée ne pouvait passer inaperçue. Sauf que le professeur dérape en enchaînant les vannes douteuses, ce qui va l’obliger à prendre sous son aile cette jeune fille pour un concours d’éloquence afin de conserver sa place…

Avec "Ils sont partout"", Yvan Attal s’était essayé à la satire de l’antisémitisme en France, en utilisant de grosses ficelles et un humour outrancier pour critiquer tous les poncifs entourant les juifs. Un an après, il revient avec une nouvelle comédie dont les farces tragi-comiques sont également censées décrier un racisme latent, celui d’un éminent professeur de droit dont le goût pour la provocation s’est transformé en diatribes douteuses, voire carrément xénophobes. Usant des mêmes procédés que pour sa précédente réalisation, le cinéaste surligne avec une insistance gênante la moindre situation, décrédibilisant son propos à grands coups de vannes attendues et peu inspirées.

Pourtant, la jeune Neïla ne manque pas d’énergie (Camélia Jordana, parfaite). Elle enchaîne les punchlines bien senties au bas de son immeuble, faisant d’elle la starlette de son groupe d’amis. Cette « super française », comme ils aiment à la surnommer, rêve ainsi naturellement de mettre sa verve au service de plaidoyers, de devenir l’une de ces femmes de loi capables de chambouler un destin avec la force des mots. Mais sa carrière d’avocate débutera avant tout par devoir supporter les attaques du réputé Pierre Mazard qui, décision de la présidence de l’Université oblige, devra coacher la jeune fille pour un concours d’éloquence. Le début d’une rencontre a priori explosive entre deux êtres que tout oppose et qui n’ont pas leur langue dans la poche.

Malheureusement, malgré la bonne volonté des comédiens, le duo ne fera jamais d’étincelles, la faute à un scénario grotesque enchaînant les prétendus sketchs sans aucune direction. Jamais le talent de l’étudiante ne sera capturé durant les différentes épreuves, pas plus que l’ambiance frénétique et l’élégance oratoire qui se dégagent de ces rendez-vous. Alors que le réalisateur nous la montre comme une femme de caractère, toujours le bon mot à la bouche pour faire sourire, la protagoniste s’efface immédiatement dès lors qu’elle quitte son Créteil natal, rendant les interactions avec son mentor embourgeoisé bien pauvres. Titubant entre récit initiatique et fable sociale, "Le Brio" ne parvient pas à trouver son rythme, se condamnant à n’être qu’une vulgaire variation autour de la thématique très à la mode de la relation maître-élève. Rendre hommage au pouvoir de la parole à travers un récit social était un postulat intéressant, dommage que le brio n’était pas là…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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