Parce qu'on en a jamais assez !

BLUEBERRY

Un film de

POUR: Niveau +2 - Un western spirituel qui oscille entre film commercial et expérimental

Alors qu'il est emmené de force chez son oncle à Palomito, dans le but de faire de lui un homme, le jeune Mike Blueberry fait la connaissance d'une jeune prostituée. Lorsque celle-ci se fait assassiner sous ses yeux, il détale, blessé, loin de la ville, et est recueilli par les indiens…

Autant le dire dès maintenant : ce n'est pas un chef-d'œuvre ! Mais c'est un film sous-estimé. Il est vrai que certaines choses ne jouent pas en sa faveur : entre ceux qui voulaient voir du Kounen "bourrin" à la Dobermann et ceux qui attendaient impatiemment une transposition de l'œuvre BD de maître Giraud-Moebius, ça fait beaucoup de déçus potentiels ! En effet, ce n'est déjà pas un film d'action violent mais plutôt un western hypnotique, lent, loin de tout ce qu'on a pu voir auparavant dans ce genre cinématographique. Bien sûr, le film a tout de même son lot de clichés et de mauvaises scènes "hollywoodiennesques" ! Mais le style global est assez original et il s'agit plus d'une aventure à l'intérieur de Blueberry que d'une aventure DE Blueberry.

Alors, bien sûr, c'est très loin du personnage de BD (je dois admettre que je ne connais pas assez la BD, ce qui m'a sûrement permis de prendre plus de recul) mais en un sens peu importe ! C'est clairement annoncé dès le générique de début : « librement inspiré de ». Ainsi, je pense qu'il s'agit plus d'une réinvention du mythe de Blueberry, au même titre que « O Brother » est une réinvention de l'Odyssée d'Ulysse par les frères Coen ou « Roméo + Juliette » une réinvention de l'œuvre de Shakespeare par Baz Luhrman. Une adaptation ne devrait jamais être une copie, en fait, mais plutôt une réappropriation d'une œuvre, tout comme un bon remix en musique, ou l'utilisation de l'Angelus de Millet dans l'œuvre de Dalí.

Pour revenir au film « Blueberry », il a malheureusement le problème de se situer dans une sorte de no man's land cinématographique : entre film de genre commercial et film d'auteur quasi expérimental. Du coup le ton semble ne pas savoir quel camp choisir et c'est sans doute la plus grande faiblesse du film. Kounen paraît avoir été coincé entre une envie de faire un film personnel et artistique et une obligation de satisfaire des contraintes commerciales liées au coût de son projet (peut-être sera-ce d'ailleurs aussi le danger pour le film de Bilal qui sort bientôt !). Toujours est-il que ce film nous donne tout de même à voir une formidable cinématographie et une réalisation lisse et hypnotique. Avec de grands moments lorgnant vers les films expérimentaux d'endurance, notamment lors des parties animées, à la limite de l'abstrait, qui semblent être un hommage à « 2001, l'odyssée de l'espace ». L'esprit de Blueberry se réinvente à travers ces passages dans lesquels il faut se laisser porter. Allez-y donc sans a priori… et n'attendez pas trop de scènes d'actions !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

CONTRE: Voyage… au pays des fractales

L'adaptation par Jan Kounen de la bande dessinée Blueberry est annoncée comme 'librement inspirée' du personnage créé par Moebius (Jean Giraud). Après quelques scènes nous contant la jeunesse du héros, aussi maîtrisées dans leur rythme que dans les cadrages adaptés aux grands espaces traversés, le film prend un virage spirituel inattendu à la base.

On est donc loin des western classiques, et si les hommes blancs sont rustres, ça n'est qu'en contraste avec le monde de calme et de sérénité que les chamanes nous permettent de toucher du doit. Oui mais à trop vouloir mêler les deux réalités, celles avant et après avoir fumé, Kounen se perd en tourments inutiles et recherche de soi, bien peu palpable. Et par dessus tout, il donne dans l'overdose d'effets numériques et de figures générées par ordinateurs sensées représenter les visions ou les perceptions qu'on les personnages. De quoi perdre patience durant la seconde moitié du film.

Ajoutez à cela un doublage en français assez épouvantable, où l'on a l'impression que Vincent Cassel parle seul dans une pièce, alors que les autres ont droit aux bruits ambiants. Et vous aurez une idée de l'étrange expérience à laquelle vous êtes conviés. Un film en apesanteur, qui va forcément diviser.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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