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BLAME !

Un film de Hiroyuki Seshita

Du cyberpunk aux circuits familiers

Dans un futur post-apocalyptique, il n’est désormais plus possible pour les humains de se connecter aux villes : un virus informatique les a chassés de ces espaces urbains en perpétuelle expansion, ce qui les a contraints à vivre reclus dans les plus bas recoins de ces cités. Un guerrier solitaire nommé Killy, épaulé par une équipe d’humains rebelles, décide de se lancer à la recherche d’un fameux terminal générique qui permettrait de rétablir la connexion avec la ville. Mais cette dernière lance à leurs trousses ses Sentinelles, de terribles robots arachnéens…

Diffusion le 19 mai 2017 sur Netflix

Il est assez amusant d’apprendre que Netflix, à peu près autant obsédé par sa propre expansion que la ville de ce long-métrage, ait souhaité récupérer l’adaptation du manga "Blame !" par tous les moyens pour enrichir son tableau de chasse, ne serait-ce parce que ce seinen cyberpunk en dix volumes écrits par Tsutomu Nihei n’était pas spécialement le plus connu du moment. Le résultat, censé condenser un matériau de base très touffu en un film unique de 106 minutes, aura finalement de quoi créer de sérieuses guerres des tranchées, aussi bien chez les fans que chez les profanes. Déjà, on laissera soin aux fans hardcore du matériau de base (vous savez, ceux pour qui le mot « adaptation » a le même sens que le mot « transposition »…) de piquer une crise de colère devant les choix graphiques du long-métrage : en effet, loin de l’esthétique noir et blanc qui faisait transpirer le manga d’un puissant spleen urbain, le long-métrage de Hiroyuki Seshita opte pour un visuel 3D ultra-dynamique, quoique pas si dépourvu d’un vrai ton désenchanté et introspectif – on est quand même plus proche d’un "Wonderful Days" que d’un "Appleseed".

Souvent à tomber à la renverse, l’animation et les décors unissent ici leurs forces dans un découpage qui tend à vouloir mettre en valeur l’énergie du mouvement dans des perspectives pour le coup écrasantes. Pure logique que voilà, du moins pour épauler un propos sur la rébellion de l’individu-fourmi au sein d’une ville-araignée qui ne cesse de vouloir en réduire la force de frappe – mention spéciale à ces robots arachnéens surnommés les « Sentinelles ». En cela, les scènes d’action révèlent un dynamisme des plus efficaces (on en prend la pleine mesure dès la scène d’ouverture), mais on peut s’interroger sur le choix du format Scope pour mettre en valeur cette dichotomie – le rapport à l’espace d’une espèce humaine absorbée par un décor urbain omniprésent n’est ici qu’une théorie non relayée par les choix de cadre. Autre souci : l’action supplante vite le facteur humain, ici peu développé quand il n’est pas simplement banni. Difficile de dénicher ici un facteur d’identification de premier choix : pour un Killy assez iconique (sa première apparition à la Dirty Harry vaut le détour), la plupart des personnages sont juste réduits à des surfaces animées et stéréotypées sur lesquelles rien – ou presque – n’arrive à se réfléchir, et dont l’évolution n’est qu’une toile de fond. Pourquoi ne s’attache-t-on jamais à ce qui leur arrive ? Inutile de chercher plus loin…

Pour autant, si l’on ne peut contourner ces faiblesses évidentes, "Blame !" a néanmoins de la qualité à revendre. Mine de rien, en assumant aussi ouvertement son choix de faire primer le visuel sur la matière (surtout émotionnelle), le réalisateur trouve une parade astucieuse pour que les néophytes – dont nous faisons relativement partie – ne se sentent pas largués dans un univers aux règles prédéfinies par le manga. A titre d’exemple, qu’importe si les termes « Sentinelle » et « Terminal génétique » ne sont ici pas explicités par l’intrigue, puisque leur sens se devine au travers de l’environnement visité et du contexte général (en gros, une énième resucée matrixienne du combat des résistants humains contre les machines). Rien qu’avec cette virée intuitive dans un univers futuriste qui tire sa sève d’une énergie interne constamment mise en valeur par le graphisme et qui se connecte à un imaginaire désormais familier, le résultat déploie assez de force pour flatter la vue et l’ouïe. Ce n’est pas assez pour honorer pleinement son matériau de base, certes, mais c’est déjà ça de gagné pour en explorer les contours.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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