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BENEDETTA

Un film de Paul Verhoeven
 

POUR : une fable particulièrement acide sur les relations entre mensonge et pouvoir

Déjà enfant, Benedetta Carlini était persuadée que « la sainte vierge fait tout ce [qu’elle] veut ». Mise au couvent avant même l’adolescence, contre la promesse de 25 ans de dons et de l’attribution de sa dote, elle va peu à peu s’y faire sa place, grâce à des visions du Christ, dont même ses supérieurs vont finir par douter…

Benedetta film movie

Avant même sa projection à Cannes, "Benedetta" faisait l’objet de nombreuses discussions, interrogeant le caractère sulfureux et blasphématoire de cette adaptation du roman de Judith C. Brown Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne (1987), dont l’action se déroule au XVIIe siècle dans la petite ville de Pescia en Italie. On se doutait donc que le film allait diviser les spectateurs et probablement la critique. Pourtant le film de l’auteur de "Basic Instinct" et "Starship Troopers", peut une nouvelle fois être lu à plusieurs niveaux, comme une comédie satirique qui ose s’aventurer loin dans la provocation au travers des visions de l’héroïne comme de la représentation des actes sexuels auxquels elle s'adonne, mais aussi comme une fable irrévérencieuse sur la nature de la foi et les rapports entre mensonge et pouvoir.

Le film est surtout une charge féroce contre l’hypocrisie du clergé, où dialogues comme actes semblent venir en permanence contredire les principes posés, niant la nature même de l’être humain. La chair s’impose ainsi comme une nécessité (alors que l’on peut entendre dès les premières scènes que « ton corps est ton ennemi »), Verhoeven s’amusant à user de drapés interposés, entre ou posés sur les corps comme d’un voile d’une chasteté exigée, mais foncièrement contrariée. L’argent est aussi posé comme objectif primordial, la mère supérieure indiquant à celle qui viendra troubler Benedetta, vendue sans vergogne par son père, qu’ « un couvent n’est pas un lieu de charité, il faut payer pour être [là] ». Ajoutant encore une couche à l’abnégation, Verhoeven fait, par effet d’accumulation, des actes les plus sordides et viles, des souvenirs presque ordinaires, tel le passé familial de Bartolomea, evoqué à la manière d’une évidence.

Le cinéaste hollandais, qui n’a jamais été meilleur que lorsqu’il tourne dans d’autres langues que l’anglais ("Black Book", "Elle"…) s’amuse à titiller la représentation même de la foi de Benedetta, relevant plus du désir de réussite d’une élève particulièrement assidue (à être la femme du Christ), et de grands élans sexuels réprimés. Certains diront qu’il s’agit là de représentations de l’ordre du grand guignol, mais elles ne sont peut être pas plus exagérées que certaines des écrits que les Eglises nous servent parfois comme des faits et non des paraboles. Dans celles-ci résident le principal de l’humour de "Benedetta", que l’interprétation habitée de Virginie Efira parvient à rendre non pas crédibles, mais de l’ordre d’une folie mêlée à une volonté de manipulation aux objectifs parfois lisibles : obtenir un meilleur logement, prendre la place de la révérente mère, faire du village et d’elle-même une légende pour attirer de nouveaux fans. Toute ressemblance avec quelques leaders politiques mégalomanes et avides de pouvoir ne serait donc sans doute pas fortuite. Alors merci Monsieur Verhoeven, de souligner avec tant de talent, que le mensonge d'autorité, voué à duper le peuple, aussi gros soit-il, exsite depuis fort longtemps, pas seulement en période d'élection américaines.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Quand dans les cinq premières scènes de "Benedetta", vous avez l’impression d’avoir atterri dans un mauvais spectacle du Puy-du-Fou, où tout est grotesque, mal joué, exagéré et que vous ne croyez à rien de ce qu’on vous montre, difficile de faire pire comme entrée en la matière… Les brigands qui volent le collier de la mère, l’arrivée folklorique au couvent des Théatines de Pescia, Jésus qui décapite des serpents, Benedetta qui court vers Le Sauveur, etc. On se gausse à gorge déployée devant tant de ridicule. Et pourtant Paul Verhoeven filme sérieusement l’adaptation – qu’il a coécrite – d’un livre qui est lui-même inspiré de faits réels. Une sœur – Benedetta donc – aurait été frappée des stigmates infligés par Jésus Christ en personne dans l’enceinte du couvent de la petite ville de Toscane. Miracle ou mensonge ? Telle est la question que se posent chacun des protagonistes du film et chaque spectateur dans la salle…

Passée cette première partie catastrophique, le métrage de Verhoeven prend de la bouteille grâce à un récit qui ose, dépasse les limites et franchit souvent la ligne rouge du consensuel en abordant ses thèmes de prédilection, ceux que le réalisateur de "Basic instinct" et "Showgirls" maîtrise si bien : le vice, la corruption, la manipulation et les relations charnelles entre filles. C’est ainsi que l’intégrité de la religion catholique est dynamitée, l’homosexualité dans les rangs des religieuses est frontalement montrée, Verhoeven poussant loin le sacrilège avec sa statuette de la Vierge transformée en godemiché ! Bref, l’irrévérence est totale et assumée mais la forme réservera toujours çà et là des saynètes caricaturales et lourdes, promptes à la moquerie sans que l’on sache vraiment jusqu’où le réalisateur voulait pousser le curseur de la comédie. Et qui nous laissent donc un goût incertain… missel, mi-raisin.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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