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L'ATTRAPE RÊVE

Savoir pardonner

Alors qu’il visitait avec son petit frère et sa mère, une étrange structure végétale montée dans les bois par un architecte, Ivan a vu son faucon détruire l’édifice. Quelques années plus tard, devenu adulte, occupé à l’élevage de faucons hybrides, il reçoit la visite d’une jeune documentariste désireuse de retrouver la trace de sa mère, devenue une légende. Empli de haine pour cette dernière, il accepte non sans réticences, de l’accompagner dans sa quête...

Claudia Llosa, après avoir remporté l’Ours d’Or au Festival de Berlin 2009 avec "Fausta", conte macabre sur les effets du saturnisme dans les Andes, est revenu en 2014 à Berlin pour présenter "Aloft", fable new age sur la recherche d’une femme aux supposés dons, qui si elle reçut un bel accueil, n’eut au final pas les faveurs du jury. Bouleversant dans sa description de la solitude d’un fils incapable de pardonner à une mère qui s’est peu à peu éloignée, le film porte aussi en lui un message écologique que certains trouveront appuyé, mais qui incite à faire la paix avec le monde, avec soi-même et avec les autres.

Après une première partie linéaire contant l’accident arrivé avec le faucon du fils aîné, le système narratif se dédouble en deux époques parallèles, en décrivant comme trame principale la quête de la documentariste française (Mélanie Laurent, formidable de fragilité dissimulée) accompagnée du fils (Cillian Murphy, totalement fermé), dans laquelle viennent s’incruster des moments du passé de la famille, permettant ainsi d'amener quelques éclairages sur l’ellipse effectuée entre les deux parties du film, et sur la volonté d’isolement et de discrétion de la mère.

En ligne de mire de cette journaliste pas si nette, indépendante et déterminée, dont les motivations nous serons dévoilées sur le tard, lors d’une bouleversante scène de détresse, il y a le personnage de la mère, mystérieuse Jennifer Connelly, sublime de fragilité, à la fois surprise et perplexe face à ses propres capacités. À travers les paysages enneigés, et cette quête d’une chaleur retrouvée, se dessine une œuvre où la nature prend une place prépondérante, et qui rappelle que parfois l’on peut payer très cher la réalisation de ses plus chers désirs.

Derrière les thématiques comme la volonté de vivre, la part de souffrance inhérente à celle-ci, et l’acceptation d’une part de hasard, "Aloft" traite surtout de la capacité de chacun à pardonner, de la possibilité de guérir ses blessures, et de l'existence de « miracles ». Centré sur le besoin de contacts humains, la mise en scène, à la fois aérienne et poétique, permet de faire jaillir ponctuellement l'émotion, en quelques éclairs foudroyants.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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