Banniere-Berlinale-2019

ASSASSINATION NATION

Un film de Sam Levinson

Un thriller nerveux et ambitieux pour une critique en règle du puritanisme du pays de l’Oncle Sam

Lilly et sa bande passent la majeure partie de leur temps à sortir, parler de garçons et à s’envoyer des photos dans des poses pas toujours recommandables. Lorsqu’un piratage massif de données personnelles a lieu, ce n’est pas seulement le groupe qui va être touché, mais également 17 000 personnes de leur petite ville de Salem. Et rapidement, la bourgade va sombrer dans le chaos…

Le générique final voit une fanfare reprendre le tube de Miley Cyrus, "We can’t stop". Dans cette chanson, l’artiste prônait un message d’émancipation de la femme, affirmant notamment « It’s our party we can do what we want, we can kiss who we want, we can live how we want ». Rien d’étonnant que ce morceau ait été choisi pour clôturer cette œuvre singulière aussi politique que sanguinolente. De la chronique sociale au survival explosif, le métrage est avant tout une plongée cathartique dans l’Amérique moderne, un portrait enragé et engagé de la jeunesse d’aujourd’hui, de cette génération Instagram et de l’hypersexualisation de l’adolescence. Mais ici, pas de discours moralisateur. "Assassination Nation" assume pleinement ce qu’il est : un film euphorique et survitaminé s’attaquant frontalement au patriarcat.

Dans la petite ville de Salem, au nom ô combien symbolique, la chasse aux sorcières s’est transformée en une battue contre quatre lycéennes aux mœurs considérées comme légères par le conservatisme local. Comment la bourgade a-t-elle sombré dans le chaos ? Tout cela a commencé lorsqu’un hacker a décidé de dévoiler l’intégralité des conversations, historiques de navigation et photos du Maire. Des moqueries initiales, le climat va rapidement devenir anxiogène lorsque 17 000 habitants se retrouvent victimes du pirate informatique. Débute alors une guérilla urbaine métaphorique où l’ennemi est avant tout un pays malade, préférant prendre les armes plutôt que d’initier les réformes nécessaires.

Sous sa forme d’un teen movie frénétique, ce thriller boosté aux hormones s’avère être bien plus stylisé et audacieux que la plupart de ses semblables. D’une ambition plus marquée que la saga "American Nightmare" à laquelle on pense inéluctablement, "Assassination Nation" développe une grammaire cinématographique captivante, digérant tous les codes de la pop culture dans une mise en scène esthétique dont la photographie impressionne. En allant chercher Marcell Rév comme chef opérateur, soit l’homme derrière l’image de "White God" et "La Lune de Jupiter", le réalisateur s’est assuré du meilleur partenaire pour électriser sa narration. Très graphique, ce chamboule-tout pamphlétaire permet ainsi à Sam Levinson, fils de Barry, de se faire définitivement un prénom. Et avec ses plans séquences somptueux, son énergie galvanisante et son scénario décomplexé, ce drame 3.0 s’avère l’une des très bonnes surprises de cette fin d’année.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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