Parce qu'on en a jamais assez !

THE ARTIST

Un film de
Avec

Le monde du silence

« Silencio ! » Si cette réplique mystique et mythique empruntée au cinéma de David Lynch devait s’appliquer à une comédie française, nul doute que « The Artist » serait ce film. Car ici, on est prié de faire silence avant de pouvoir assister à un spectacle de grande classe (américaine) et de se laisser porter par un voyage vers le passé. Idée audacieuse et originale que de produire et réaliser de nos jours un film à la fois en noir et blanc et muet (et au format 1.33), alors que nous ne parlons que de 3D, d’IMAX et de Blu Ray. Mais Michel Hazanavicius était bien l’homme de la situation. Car si nous nous trouvons probablement à un moment charnière dans l’évolution du cinéma en salles (la 3D donc, certes pas nouvelle, mais plus présente que jamais), il fallait un réalisateur cinéphile et cinéphage, ayant une connaissance du sujet n’ayant d’égale que sa qualité de mise en scène, pour traiter d’une autre évolution que la grande toile a connue (le passage du muet au parlant) sans mener l’entreprise à sa perte.

« The Artist » est une peinture, une fresque de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. À travers la chute de l’un de ses plus grands représentants, George Valentin (Jean Dujardin) et l’ascension d’une actrice de l’ombre, Peppy Miller (Bérénice Bejo), incarnant la génération ayant percée grâce à l’arrivée du cinéma parlant en 1927. Dujardin (décidément, notre Jim Carrey national), incarne un personnage de grande classe, à la Douglas Fairbanks, parfait représentant des acteurs dont tout le jeu ne pouvait passer uniquement que par le mouvement et les expressions faciales. Béjo, dont le physique évoque ironiquement Mary Pickford (LA star du cinéma muet dont la carrière fut stoppée après 4 films parlant), dans un rôle proche de l’héroïne de « Chantons sous la pluie » (interprétée par Debbie Reynolds).

« Chantons sous la pluie » est probablement le film possédant le plus de points communs avec « The Artist », dont ce dernier en est le miroir. En effet, les deux films traitent du même sujet, des même situations (l’histoire d’amour entre la star et la figurante avant que les rôles ne s’inversent), mais là où le film de Stanley Donen et Gene Kelly l’abordait sous l’angle de la comédie musicale (et donc d’introduire le son pour dépeindre une époque qui en était dépourvue au cinéma), le réalisateur d’  « OSS 117 » décide de ne pas utiliser le dialogue (même pour dépeindre le passage au cinéma parlant). Hazanavicius se permet un tour de force annoncé dès le premier carton (« non, je ne parlerai pas »), repoussant les limites du cinéma muet par une mise en scène d’une intelligence rare de nos jours.

Mêlant la représentation cinématographique (le cinéma muet donc) avec l’univers diégétique, les héros évoluent dans un monde sans parole. Logique alors, qu’en les filmant, aucun son ne sorte de leur bouche. Imaginez que les personnes sur une photo (ou dans un film) en noir et blanc évoluent dans un monde sans « couleur » et vous avez l’idée principale de « The Artist ». L’arrivée d’un élément perturbateur dans une scène mémorable est donc une véritable révolution, aussi bien sur le plan artistique que pour la vie de nos héros. Mais « The Artist » est bien plus qu’une réussite technique et historique. Car au-delà d’une reconstitution fidèle du cinéma des années 20 (personnages, musique, costumes, cadres…), c’est l’histoire d’amour intemporelle entre les deux héros qui prime. Un fond intemporel sous une forme qui ne demandait qu’à resurgir.

Jamais parodique mais référentiel, rendant hommage à tout un pan de la culture cinématographique (américaine principalement… logique en quelque sorte), « The Artist » est à la fois un somptueux numéro d’acteurs (qui aura valu le prix d’interprétation à Cannes en 2011 pour Dujardin), et un défi de mise en scène, pour un spectacle qui se déguste « with pleasure ».

Francois ReyEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire