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ARMAGEDDON TIME

Un film de James Gray

Le temps doux-amer des souvenirs

Paul multiplie les bêtises, adore s’opposer à ses parents et passer du temps avec son grand-père qu’il chérit tant. Soit une enfance des plus banales. Il se fait d’ailleurs un nouvel ami, Johnny, et cette rencontre va tout changer…

Armageddon time film movie

Beaucoup de choses ont circulé sur le nouveau film de James Gray. Il devait s'attaquer à la mainmise de Fred Trump (oui, le père de) sur le Queen's des années 80, compter parmi son casting Oscar Isaac, Robert De Niro et Cate Blanchett dans la peau de la sœur de Donald, et traiter frontalement du Reaganisme galopant. Rien de tout cela ne s'avérera exact, le cinéaste préférant focaliser son intrigue sur sa thématique de prédilection : les relations filiales conflictuelles. Mais pour la première fois, il se déleste de tout effet de style ou d'un quelconque genre qui viendrait enrober le récit. Non, la cinquantaine passée, le réalisateur est en effet prêt à se raconter, sobrement et simplement ; un dépouillement qui jure avec le spectaculaire d'un titre qui nous avait également aiguillé sur une mauvaise piste.

Pour narrer son enfance, James Gray se crée un double, Paul Graff. L'adolescent apprenti artiste est un peu différent de ses camarades, au point que le corps professoral le qualifie de trop « lent » pour une éducation traditionnelle. Mais lui réfléchit simplement autrement, préfère rêver que d'affronter la monotonie de l'existence. Et pour continuer à vivre dans la lune, il peut compter sur son grand-père aimant, toujours prêt à l'épauler pour qu'il puisse se réaliser comme il le désire. À travers ses yeux d'enfant, c'est tout un monde que va découvrir le spectateur, la chronique d'un basculement vers un conservatisme incarné par les futures élites politiques, une époque où la couleur de peau était suffisante pour justifier les pires mots et maux. Mais est-ce vraiment différent aujourd’hui ? À entendre le sort connu par la famille ukrainienne du protagoniste, la question se pose.

En recréant le New-York de sa jeunesse, le metteur en scène invite la propre mythologie de son travail — qu'est-ce qu'on aime sa manière de saisir les repas familiaux — à croiser des références assumées (Truffaut en tête) pour aboutir à une œuvre intime, joliment drôle et souvent bouleversante. Grâce à un casting parfait (mention spéciale au jeune Banks Repeta) et une image soignée signée du maître Darius Khondji, le film est une balade agréable au cœur des souvenirs d'un homme dont les tragédies familiales n'ont cessé de le passionner, voire même de le hanter. La supposée légèreté de l'ensemble est réelle, mais elle n'empêche en rien l'émoi. Bien au contraire, la relégation au second plan des inégalités les rend plus fortes, révoltent d'autant plus qu'elles arrivent à interpeller un gamin espiègle. Aucun doute, le mystère est percé : "Armageddon Time" est un grand film.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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