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ALIAS MARIA

Une véritable plongée sans artifice dans la guerre civile colombienne

Maria n’a que treize ans, mais c’est déjà un soldat. Cependant, lorsqu’elle découvre sa grossesse, son quotidien va être bouleversé. Désormais, elle devra se battre pour sauver son enfant…

Présent au festival de Cannes 2015 dans la sélection Un Certain Regard, "Alias María" plonge le spectateur en plein conflit colombien, dans une forêt luxuriante où les repères sont brisés par l’immensité de la nature. Dans cette jungle labyrinthique, tous les enjeux de cette guerre civile sont palpables. Mais pas question de sombrer dans le film à thèse, l’opposition entre les Farcs, d’inspiration plutôt marxiste, et les forces gouvernementales est réduite aux chemins boueux d’une réalité où les principaux otages sont les villageois eux-mêmes. On comprend également qu’il est question de milices paramilitaires et de cartels de drogues ; pour autant, jamais une dimension didactique ne viendra polluer un récit profondément naturaliste.

La caméra s’attarde alors sur Maria, une jeune fille soldat de treize ans, un personnage mystérieux et mutique dont on ne connaît ni les origines ni les raisons qui l’ont amenée sur le front. Tout juste sait-on de celle-ci qu’elle est enceinte et qu’elle sera chargée d’emmener le bébé du chef en lieu sûr. Dans ce microcosme violent où la déshumanisation des êtres est symbolisée par leur incapacité à communiquer, le réalisateur décortique le quotidien brutal de cette gamine en territoire masculin. Et cette plongée radicale au cœur des guérilleros s’avère saisissante, tant cette excursion prône le minimalisme et l’authenticité.

Néanmoins, même si l’intrigue est resserrée sur seulement quelques jours, le métrage souffre d’un manque cruel de rythme, constat paradoxal face à des troupes presque en mouvement permanent. Mais à vouloir absolument s’inscrire dans une mouvance documentariste, José Luis Rugeles a oublié de s’attarder sur la construction de ses personnages secondaires et de gommer les incohérences du comportement de son héroïne. Sans émotion et sans empathie pour ses protagonistes, "Alias María" laisserait presque indifférent si le sujet n’était pas si fort. Si la forme laisse ainsi à désirer, le film a au moins le mérite de nous immerger au cœur d’un conflit vieux de plus de cinquante ans et dont on ne connaît pas grand chose. Une œuvre plus informative que cinématographique en quelque sorte…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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