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AD ASTRA

Un film de James Gray

Vers l’infini et l’au-dedans

L’astronaute Roy McBride est envoyé en direction de Neptune suite à l’apparition de phénomènes naturels qui menacent la Terre et dont l’origine serait spatiale. Il sera amené à suivre les traces d’une ancienne mission spatiale dirigée par son père qu’il croyait mort, en espérant pouvoir le retrouver, enfin…

Ad Astra film image

Quel plaisir de retrouver James Gray qui, à l'instar de plusieurs autres grands cinéastes de notre époque (Nichols, Chazelle, Nolan, Cuaron, Villeneuve...), se lance dans l’aventure passionnante de la science fiction et se tourne vers l’espace. Dès l'annonce de son projet, il a tout de suite mis les choses au clair en le présentant comme un croisement entre "2001, l’odyssée de l’espace" et "Apocalypse Now". Ces références se retrouvent effectivement au cœur d’ "Ad Astra" qui met en place un voyage crépusculaire conduisant le héros à s’enfoncer toujours plus loin dans des décors fabuleux et mystérieux. Ici aussi la démesure du trajet physique (caractérisé par des paysages, des difficultés et une longueur hors norme) contraste avec la portée restreinte du voyage intérieur qu'il métaphorise. Roy Mc Bride veut retrouver son père qu’il n’a jamais connu, tandis que David Bowman finissait par se retrouver lui-même et que le capitaine Willard se métamorphosait au contact du colonel Kurtz.

Mais le film se révèle finalement plus proche de "Gravity" et "Interstellar", ce qui n'est pas un hasard puisqu'il bénéficie de la photographie du chef opérateur du film de Nolan. Il se rapproche du premier du point de vu visuel et dramatique : il démarre par une scène catastrophe dans l'espace, insiste sur le point de vu du héros, sa perdition dans l'immensité obscure, sa débrouillardise technique. Il est ensuite très proche, trop proche d’ "Interstellar" du point de vu scénaristique : le voyage est déclenché en réaction à un phénomène naturel qui affecte la Terre, et le protagoniste comprendra en fin de course [Attention : spoiler] qu’il est inutile de partir si loin, à la recherche de chimères, et qu’il est préférable de protéger ses proches ici bas.

Si le film est visuellement majestueux et très prenant, il semble souffrir d'un défaut d'inspiration. Il ne parvient pas à s’arracher à toute l'imagerie de l'espace que le cinéma nous a déjà offert et peine à en renouveler les thématiques. Il échoue surtout à nous convaincre de la pertinence de son arc narratif, car la transposition du modèle "Apocalypse Now" ne fonctionne pas ici. Dans le film de Coppola Martin Sheen était un héros passif qui suivait les traces d'un militaire démoniaque, au cours d'un itinéraire qui faisait apparaître la folie de la guerre du Vietnam, les excentricités, les ténèbres... Le parcours était clairement plus intéressant que la destination. Il fallait suivre Willard et non pas Kurtz qui devait rester le plus longtemps possible un totem maléfique et brumeux. Ici, au contraire, on s'aperçoit que l'on ne suit pas le bon personnage. Si Brad Pitt est confronté à une série d'obstacles qui rendent sa mission trépidante, son chemin ne nous révèle pas grand chose sur la nature de la conquête spatiale. Celui de l'explorateur passionné et jusqu'au-boutiste incarné par Tommy Lee Jones nous aurait sûrement apporté beaucoup plus de matière à réflexion sur le sens profond de celle-ci. [Attention : spoiler] La volonté de son fils de le ramener sur Terre à tout prix est également problématique. Le colonel Kurtz était un criminel qui incarnait les dérives d'une guerre que le réalisateur condamnait, il était logique de vouloir l'anéantir. Si Clifford McBride est lui aussi condamnable au niveau de ses actes, son ambition en revanche est légitime. Contrairement à son fils il n'agit pas seulement sur ordre et pour des considérations personnelles (de type familiales), il s'apparente à un pionnier de la connaissance universelle dont le portrait aurait pu être fascinant.

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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