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Un film de Nacho Cerda
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Les origines de la peur

Marie a été adoptée et emmenée aux Etats-Unis alors qu'elle n'était qu'un bébé. Elle retourne dans son pays natal, la Russie, pour y découvrir ses origines. Sa seule piste est une ferme abandonnée dans les montagnes et qui appartenait à ses parents...

Derrière son postulat de départ classique - une femme à la recherche des ses origines - le premier film de l’espagnol Nacho Cerda se révèle être un huis clos tortueux et perturbant. S’il s’inscrit dans la vague du cinéma fantastique espagnol hantée par la mort (les vingt premières minutes laissent augurer d’un thriller dans la lignée des films de Balaguero et autre Amenabar), le cinéaste déjoue rapidement les pronostics par une mise en scène d’une puissance assez fulgurante.

Car Cerda dépasse le cadre étriqué du huis-clos pour nous faire pénétrer un véritable cauchemar filmique. La ferme isolée se révèle être une zone où transitent morts et vivants, avec notamment ces Doppelgangers, doubles hostiles et visions mortifiées des protagonistes. Ceux-ci ressentent les blessures qu’ils infligent à ces sortes de zombies, belle idée qui confronte les vivants à leur propre mortalité sans qu’ils puissent à aucun moment la juguler. Le film fonctionne alors comme une boucle funeste : lieu sans issue, personnages miroirs, couches temporelles qui s’entremêlent. Et ce jusque dans la reconstruction incroyable de la ferme délabrée, montée de manière frénétique et hypnotique.

Certes le scénario s’empêtre parfois dans cette dualité à plusieurs niveaux. Reste que la mise en scène de Cerda renouvelle avec force le « film de fantôme ». D’une intensité rare, d’un rythme tétanisant, souvent éclairé à la lampe torche, le film fait étalage d’une virtuosité jamais vaine. Au service de ce cauchemar pelliculé, cette réalisation menée tambour battant nous aspire sans possibilité de retour dans ces zones d’ombre malfaisantes où aucun espoir ne subsiste. Nimbé d’un nihilisme jusqu’au-boutiste, le film ne fléchit à aucun moment, nous laissant abandonnés dans ces limbes, toutes proches de l’enfer.

Thomas BourgeoisEnvoyer un message au rédacteur

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