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À PLEIN TEMPS

Un film de Éric Gravel

Laure Calamy sous extrême tension

Julie vit assez loin en banlieue parisienne, afin que ses deux enfants puissent être proches de leur père. Elle travaille comme cheffe d’équipe des femmes de chambres dans un palace parisien. Mais en ces temps de grèves, ou de plus elle doit passer des entretiens pour un job plus gratifiant, les trajets lui prennent énormément de temps et lui valent différents ennuis : retard au travail, absences injustifiées, plaintes de la vieille voisine qui garde ses enfants…

A plein temps film movie

À Venise cette année, le thème de la pression au travail et de ses conséquences, psychiques comme familiales, était particulièrement mis en avant du côté des films français, qu’il s’agisse de "Un autre monde" de Stephane Brizé, "Les promesses" de Thomas Kruithof, ou ici du percutant "À Plein temps" d’Eric Gravel. Choisissant de coller à son personnage principal, éblouissante Laure Calamy, fort justement récompensée du prix d’interprétation féminine dans la section Orizzonti, Eric Gravel (qui a lui reçu le prix de la mise en scène) adopte avec sa caméra le rythme de cette femme sous pression dès les premières minutes du jour, où il lui faut déposer les enfants chez la nourrice puis courir afin de ne pas rater le train qui l’emmène dans le centre de Paris. Désireuse de trouver un travail mieux rémunéré, elle tente de passer des entretiens tout en gardant le contrôle de son existence de mère séparée.

Et c’est justement cette perte progressive de contrôle que va dépeindre Gravel (remarqué avec "Crash Test Aglaé"), au travers d’un scénario très juste, faisant planer au dessus du personnage diverses menaces (licenciement potentiel, accusations de négligence…), celle-ci tentant de donner le change, chacun de ses appels à l’aide étant de moins en moins entendu. Récit profondément humain, "À plein temps" dresse au final le portrait de toute une frange de population au bord de l’épuisement, pris aux pièges de journées surchargées qui empêchent toute sortie saine d’une situation où tout couac se transforme en un obstacle insurmontable. Les réactions en cascades et les rebondissements permettent aux spectateurs, immergés dans le quotidien de cette femme, de se poser la question qu’elle est incapable de se poser : dois-je remettre une pièce en continuant dans cette situation invivable ? Le dernier plan, que le visage d’Anne, à la fois joyeuse et flippée, en dit long sur le désarroi face à la spirale infernale qu’impose le monde du travail.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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