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'71

Un film de Yann Demange

Une immersion percutante dans les méandres d'une guerre civile

Des soldats britanniques sont envoyés à Belfast. Pris entre deux feux, deux d'entre eux se retrouvent laissés en arrière. Son camarade abattu à bout portant, Gay Hook parvient à s'échapper et à se cacher jusqu'à la nuit suivante...

Étrangement reparti bredouille du palmarès du Festival de Berlin 2014, "’71 ", du nom de l'année où se déroule l'intrigue de ce film percutant, aura sans doute été l'un des chocs du festival, si ce n'est émotionnel, tout au moins graphique. Débutant en apparence comme la simple histoire de deux soldats coincés derrière les barricades dans un Belfast en quasi état de siège, le film bascule rapidement dans le thriller intense, montrant les rouages complexes d'un conflit, jusque dans ses pires aspects.

C'est là l'intelligence du scénario, d'arriver à balloter son personnage principal, de mains ennemis en mais amies, en brouillant progressivement les pistes. Car un conflit qui divise les quartiers, voire les rues ou même les familles, ne peut mener qu'à la création d'un panier de crabe, qui dans la durée trouve son propre fonctionnement, fait d'intérêts pas toujours collectifs, et de revanches pas toujours compréhensives pour qui ne possède pas l'historique. Ici chaque camp a forcément ses personnalités installées (qui n'ont pas forcément intérêt à ce que le conflit prenne fin), les autorités veulent faire le moins de remous possible, les jeunes loups aux dents longues joue la radicalisation… Quant aux civils, heureusement, ils ne voient parfois pas comment ne pas venir en aide à des blessés...

Mine de rien, "’71 " dispose son champ de mines, fait d'alliances en tous genres, et y envoie son personnage principal, pour la vie duquel on tremble réellement. Car le danger est non pas derrière chaque porte, mais derrière chaque individu croisé. Avec une redoutable efficacité, Yann Demange utilise la caméra à l'épaule, concoctant une mise en scène coup-de-poing, qui fait la part belle aux poursuites et autres échappées, pour mieux nous porter au cœur de l'action et nous asséner quelques coups de stress bien sentis.

Alliant la tension d'un véritable film d'action à la complexité d'un scénario entièrement voué à la description des multiples imbrications entre police, armée et population, "’71 " déclenche d'irrépressibles frissons. Exploration remarquable d'une guerre civile, ce film britannique restera comme l'une des œuvres immanquables de cet automne.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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