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3 ZEROS

Football je t'aime et je te hais

Camarades de prison, Le Bihan et Deutsch jouent au football, le deuxième démontrant un véritable talent pour le tacle du ballon rond. Le Bihan lui promet de s'occuper de sa carrière en devenant son agent. Il va alors à la rencontre d'un ancien agent, retiré au Brésil (Lanvin), pour chercher conseil. Commence alors la dure vie dans le milieu du football…

A deux mois de la nouvelle coupe du monde, qui ne manquera pas de faire trembler la France, voici donc le brûlot qui crache sur le foot en le caressant des deux mains. En effet, loin d'être un pamphlet abruti qui se moque du sport en lui-même, c'est le milieu du football et de son récent star-système, auréolé de mannequins, de publicités pour des eaux minérales (ou des barres chocolatées dans le film), de plateau télé et de billets verts, que le film dénonce.

Il est vrai qu'Oteniente est un habitué de la description des milieux surexposés (Jet Set) et en pleine décadence. Il s'applique donc ici à démontrer son propos, ou sa morale de l'histoire, peut être un chouilla trop appuyée dans un des dialogues de Lanvin, et qu'on pourrait résumer ainsi : " les vrais passionnés doivent être plus pourris que les pourris pour ne pas se faire éjecter ". On ne discutera pas au de là sur la nécessité pour les passionnés de cautionner le système.

Le film regorge de moments savoureux et de portraits attachants. Oteniente offre ici à Samuel Le Bihan et à Isabelle Nanty un de leurs meilleurs rôles. Le premier surjoue avec plaisir son gringalet fonceur et un peu simplet, même si lui aussi a droit à sa morale sur la fin (je suis un 'babo' mais je me soigne). La seconde interprète à merveille une entraîneuse d'équipe de football féminin, qui ne fait pas des étincelles en tant que gardien de but. Touchante et survoltée, elle donne au film ses moments les plus drôles.

Enfin, on ne peut pas passer sous silences les performances de Lanvin, dont c'est décidément le grand retour (Le Boulet), plus massif que jamais, Darmon qu'on aimerait cependant ne pas voir qu'en méchant de service, et Laront Deutsch, qui confirme qu'il peut jouer autre chose que les gars de banlieue. Tous ensemble forment l'équipe de 3-zéro, film tendre et acide, qui glorifie l'amateurisme et la volonté, pour mieux dénoncer et fustiger les dérives du professionnalisme et de l'argent facile. Un équilibre difficile, qu'une intrigue peu probable entre agents n'aide que peu à maintenir.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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