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120 BATTEMENTS PAR MINUTE

Un film de Robin Campillo

L'urgence à agir contre le SIDA

Au début des années 90, Nathan, nouveau membre d’Act Up-Paris, découvre les assemblées générales et les actions militantes menées la plupart du temps dans l’indifférence générale. Pour alerter l’opinion publique concernant le manque de moyens alloués à la lutte contre le virus du SIDA, les approches diffèrent, et certains militants, comme Sean, prônent des actes radicaux…

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C'est par une scène d'assemblée d'Act Up-Paris que s'ouvre "120 battements par minute". Le genre de scène peu évidente à rendre dynamique, mais que le réalisateur réussit à rendre palpitante, comme un cœur empli d'effervescence. Ce lieu reviendra de manière récurrente tout au long du film dont l'action se situe à l'époque du scandale du sang contaminé. Un lieu nécessaire, fondateur, où les éclats de voix succèdent aux polémiques, où les rencontres font presque oublier les disparitions. L'occasion aussi de présenter les principaux protagonistes de ce « film de guerre » : un nouveau membre, un couple engagé, une jeune femme au caractère trempé, un président tactique...

Grand prix du jury parfaitement mérité au Festival de Cannes 2017, mais aussi récompensé par la Queer Palm, "120 battements par minute" est le nouveau film de Robin Campillo, auteur des "Revenants" en 2004 et du dérangeant "Eastern boys" dix ans plus tard. Celui qui a aussi été scénariste de "L'Emploi du temps" et "Entre les murs" de Laurent Cantet, et plus récemment de "Planétarium" de Rebecca Zlotowski, livre une œuvre poétique et crue, romantique et engagée, une chronique à l'incroyable souffle, qui choisit au final de ne pas éviter l'émotion frontale.

Le scénario, rythmé par les actions coup de poing d’Act Up-Paris, à la manière d'attaques parfaitement organisées, et par les assemblées hebdomadaires de l’association, comme autant de réunions d'état-major, laisse progressivement pointer ce qu'il y a de sociable ou de désespéré derrière les revendications parfois brutales, comme chez chaque personnage, ce qu'il reste d'humain derrière la maladie. Il mêle ainsi l'intime aux enjeux collectifs, rappelant l'urgence - à chaque nouvelle manifestation - à capter l'attention des médias, des autorités, du grand public, ou des autres associations.

Évitant soigneusement tout pathos durant près de deux heures, le film aurait pu trouver sa conclusion lors du magnifique parallèle entre l'agonie d'un des personnages et une action choc rêvée au niveau de la Seine. Mais il enfonce le clou une nouvelle fois, livrant un irrépressible flot d'émotions par l’ensemble de ses scènes finales, pour mieux replacer l'être humain au cœur de ce récit guerrier. Un film qui devrait amplement faire parler de lui cet automne, voire même trouver sa place parmi les candidats au César du meilleur film français et pourquoi pas à l'Oscar du meilleur film étranger en début d’année prochaine.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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