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LUMIERE 2010 – Bilan 2 - Une programmation des plus intéressantes

UNE FLOPEE DE FILMS, DU CLASSIQUE A LA RARETEMan on the moon

Parmi les premiers films du Festival, notons (le pas assez vu) « Man On The Moon » de Milos Forman, biopic du comédien de Stand-Up « O.V.N.I. » Andy Kauffman et interprété par un Jim Carrey au sommet de son art. Avec la projection de « Lenny » de Bob Fausse qui a lieu dans la salle voisine, les comiques sont à l’honneur dans ce festival, et ce n’est pas Lea Drucker et Marina Fois qui vont nous contredire. Venues présenter le film de Forman elles ont improvisé un numéro muet pour le moins efficace et représentatif du talent et de l’art de Kauffman. « Man On The Moon »  est une histoire touchante et sincère sur l’homme et l’artiste, le rapport à la scène et au public d’un homme dont le seul but était de rire de la vie et de nous faire réagir. Milos Forman lui rend pleinement hommage en nous permettant de comprendre un minimum qui il pouvait être et d’analyser son processus créatif comique hors du commun.

Vol au dessus d'un nid de coucou

« Vol au dessus d’un nid de coucou », film culte des années 70, ne se présente plus, ou presque. Casting impressionnant : Jack Nicholson, Louise Fletcher, Dany Devito, Christopher Lloyd, Bard Dourif dans l’un de ses premiers rôles… même cette bonne vieille sale gueule de Micha
el Berryman est de la partie. Œuvre contestataire et dénonciatrice de l’univers trouble et troublant que constitue le milieu psychiatrique à cette époque, métrage rebelle, Milos Forman y transpose et transcende un roman lui aussi ultra culte. Nicholson y est tout simplement impressionnant de rage et de soif de justice et l’on voit finalement mal comment quelqu’un d’autre aurait pu s’approprier avec autant de justesse le rôle de McMurphy (même si Michael Douglas, producteur du film, voulait jouer le rôle à l’origine). Le public lyonnais fut impressionné et bluffé par le métrage… et un peu déçu par l’intervention, pourtant émouvante, de Marianne Denicourt, qui spoila la fin juste avant de rendre son micro en révélant le destin qui attend notre héros. Un échec critique de sa part !La soif du mal

A l’Institut Lumière nous pouvions étancher notre soif, celle du mal, celle du génie qu’était Orson Welles. Précédé d’un long entretien avec Jim Harrison, auteur des « Légendes d’Automne » et d’autres grandes œuvres, mais également ami d’Orson Welles, l’homme n’a pas vraiment parlé du film, mais a livré un témoignage fort intéressant sur la vie à la frontière américano-mexicaine, lui qui se retrouve au centre du récit de Welles. « La soif du mal » probablement le film noir ultime est, comme d’habitude chez Welles (il est quand même le cinéaste qui a réalisé l’un des 3 chefs-d’œuvre officiels de l’Histoire du cinéma: « Citizen Kane » (pour les deux du fond), en avance sur son temps techniquement (l’ouverture sur un long plan séquence) et dans l’écriture. Histoire sombre, pessimiste, emprunt d’un vice et d’allusions sexuelles rares pour l’époque (nous sommes toujours en plein code Hayes), « la soif du mal » narre l’affrontement entre le héros blanc comme neige interprété par Charlton Heston et le flic badass et énorme joué par Orson lui même. Une chose est sûre, c’est que le bonhomme sait se mettre en scène tant son personnage bouffe l’écran.

Zorba le Grec

Lors de la séance hommage à Anthony Quinn avec la projection de « Zorba le Grec », c'est en présence d’un Bertrand Tavernier (qui n’avait jamais vu le film), de Tony Gatlif et de Madame Quinn que l’on a pu redécouvrir les films d’un acteur trop souvent oublié, mais qui possède sa place « parmi les immortels » comme dirait Gatlif. Chapeau l’artiste.Raretés du cinéma US des années 70

Au cinéma, comme dans tous les domaines, il n’y a pas que des classiques dont on parle dans chaque livre essayant de lister les « plus grands chef-d’œuvres officiels », il y a aussi des films obscures, n’ayant pas eu la chance d’être vus par beaucoup de monde et qui disparaitront à plus ou moins long terme. Le Festival Lumière est aussi là pour ces films, avec entre autre sa sélection « raretés du cinéma US 70’s ». « Cisco Pike » de Bill L. Norton est un film appartenant vraiment à une autre époque, un autre temps… à un autre monde. Kris Kristofferson y joue le rôle d’un… quoi ? vous ne connaissez pas Kris Kristofferson ?  Guitariste/chanteur des années 60, trainant dans le sillon de Bob Dylan, il a joué Billy The Kid dans le magnifique « Pat Garret & Billy The Kid » de Salm Peckinpah (avec Bob Dylan d’ailleurs). Gene Hackman dans l’un de ses premiers rôles, c’est à dire entre « Frankenstein Junior » et « The French Connection » (oui Monsieur, il jouait dans « Frankenstein Junior » !) y interprète un flic un peu louche, et Kristofferson est Cisco Pike, un musicien et ancien dealer qui a raccroché et est obligé de retourner au business pour écouler les 100 Kilos de marijuana dont Hackman veut se débarrasser (je l’avais bien dit, il est louche !). L’histoire n’est que prétexte à un témoignage en demi-teinte sur cette période où l’on a l’impression que tout le monde fait tout ce qu’il veut, c’est Sexe, Drogue et Rock’n’Roll ! Avec son casting complété par des figures de l’époque (Antonio Fargas, Harry Dean Stanton…), « Cisco Pike » s'avère plus intéressant pour ce côté témoignage décomplexé que pour sa réalisation et son montage… d’un autre temps (pour ne pas être méchant). Un bon petit film de festival.

Le tambour

Il y a un film que je considère toujours personnellement comme celui ayant gagné la « 2ème » place à Cannes en 1979, « Le Tambour ». Rappelons que le film de Volker Schlondorff a remporté la palme d’or ex-æquo avec « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola. Très intéressant et efficace dans sa première partie, un peu moins dans sa seconde, « Le Tambour » ou les aventures du jeune Oscar, enfant ayant décidé d’arrêter de grandir à l’âge de 3 ans, est une fresque historique et humaine dépeinte à travers les yeux de cet être hors du commun. Réalisation inspirée, montage intéressant, le film est porté avec maîtrise par ce gamin pas du tout ordinaire, sorte de Stewie Griffin doublé d’un Benjamin Button, dont l’interprète, David Bennent, mérite toutes les récompenses du monde. Film beaucoup trop rare dans le paysage cinématographique actuel, cette œuvre prévaut surtout pour son originalité et son audace (le gamin cartouche de la Fraulein). Historique sans être définitif, il aurait pu laisser la palme à « Apo », mais serait finalement tombé dans l’oubli et n’aurait jamais gagné cette réputation de « film avec lequel Apocalypse Now a partagé sa palme ». A noter une référence dissimulée à « Psychose ».Rosemary's baby

Restons avec les gosses dégénérés et enchainons avec le tristement célèbre « Rosemary’s Baby ». Thriller parfaitement mené de la main de Roman Polanski, interprétation parfaite, il n’y a pas une seule minute à jeter tellement tout s’imbrique bien et trouve à la fois sa place mais aussi une raison d’être à l’écran. Sombre et envoûtant, ne tombant jamais dans le gratuit et le vulgaire, le film ne peut pas vous laisser insensible. Véritable parabole cachée sur le système hollywoodien (Polanski vient alors d’arriver aux Etats Unis) sur une variation du mythe de Faust, on peut y voir une « satyre » du voisinage… et des vieux, tout aussi terrifiants que les gamins du « Village des damnés ».

Chasse à l'homme

« Chasse à l’homme » est un film de Fritz Lang dans sa période « j’ai fuit l’Allemagne Nazie ». Film mineur de l’auteur (moins important que « M », « Metropolis » ou « Les contrebandiers de Moonfleet »), le résultat reste toujours une leçon d’école de tournage, d’écriture et de montage. Fin des années 30, le plus grand chasseur veut se prouver qu’il est capable d’approcher Hitler pour le chasser. Il y arrive mais son « geste » est pris pour une tentative d’assassinat. Ni une, ni deux, nos salopards de nazi (je déteste ces types, disait Indy) veulent profiter de l’occasion pour déclencher la guerre avec l’Angleterre. Notre homme s’enfuit et à partir de là on retrouve tout ce que l’on veut dans un film : aventure, action, héroïsme, amour, rire… bref, un film complet, bien agréable à regarder.

Mélodie pour un tueur

« Mélodie pour un tuer » de James Toback, voit Harvey Keitel dans son premier rôle principal. Il y interprète un jeune pianiste chargé de récupérer de l’argent chez les mauvais payeurs pour le compte de son père, petit escroc. Mais il espère échapper à ce milieu grâce au piano. Film dont Audiard a tourné le remake avec « De battre mon cœur s’est arrêté », « Mélodie pour un tueur » est un film atypique. Toback n’avait jamais touché une caméra et le film est produit par Fabergé, qui voulait alors se diversifier en investissant dans la production cinématographique. Le film était présenté une fois de plus par Samuel Blomenfeld, tout comme « Rolling Thunder » qui est un pur film de vengeance. William Devan y incarne un ancien POW du Vietnam qui une fois rentré au pays subit une agression durant laquelle sa femme et son fils laisseront leurs vies et lui perdra une main. Affublé d’un crochet et armé d’un fusil, il fait appel à son pote Tomy Lee Jones (qui ressemble comme deux goutes d’eau à Josh Harnett) pour l’aider dans sa vengeance. Extrêmement mal écrit (comme quoi Paul Schrader est très très surcoté), filmé comme un « Hollywood night », le film a beau dégommer du redneck au shotgun, il ne tient pas ses promesses.

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François Rey Envoyer un message au rédacteur