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cannes 2016 - La richesse des roles feminins

Pas facile en cette année 2016 pour le jury présidé par George Miller, de départager les très nombreuses prestations de grande qualité livrées par des actrices dans les films de la compétition. De rôles purement loufoques ou délirants, à des personnages servant à dénoncer des situations sociales inacceptables, en passant par des personnages torturés par la passion, le deuil ou le sexe, une bonne douzaine de femmes auraient pu briguer le prix remporté au final par Jaclyn Jose pour « Ma'Rosa » de Brillante Mendoza. Et ceci sans compter celles qui, dans les sections parallèles, ont créé leur petit ou gros effet. Revue de ces dames qui « ont du clito » comme le disait la réalisatrice du remarqué « Divines ».

On ainsi incarné des bourgeoises excentriques Valeria Bruni-Tedeschi et Juliette Binoche dans « Ma loute », personnages tous deux loufoques, dont le second amène un second souffle au récit avec son apparition. À l'opposé, les films sociaux ont proposé de grands rôles, comme celui d'Hayley Squires dans « Moi, Daniel Blake », jeune femme sans emploi, croulant sous le poids du système d'allocations anglais et contraintes (avec honte) à la soupe populaire, celui de Sasha Lane dans « American Honey », jeune femme spontanée rejoignant une troupe de vendeurs à domicile et forcée de sortir de sa naïveté ou Adèle Haenel en médecine tiraillée par la culpabilité dans « La fille inconnue », après avoir refusé l'accès à une femme retrouvée ensuite assassinée. Ce fut le cas aussi de Jaclyn Jose dans « Ma'Rosa », en mère trafiquante cherchant à sortir de prison par tous les moyens, Ruth Negga dans « Loving », incarnant l'une des premières femmes de couleur à épouser un blanc, et surtout de Sonia Braga dans le brésilien « Aquarius », femme atteinte d'un cancer, se battant pour garder son appartement convoité par des promoteurs verreux.

Loin des problèmes d'argent ou de ségrégation, certaines actrices devaient, elles, faire face aux traumas de leurs personnages, rongé par le deuil, à l'image de Kristen Stewart dans « Personal Shopper », par leur rapport au sexe, devenu une arme dans un machiavélique complot (Kim Min-hee et Kim Tae-ri dans « Mademoiselle »), un étrange penchant qui se mêle à une violence qui fait revivre (Isabelle Huppert dans « Elle »), ou un atout dans un monde fait de rivalités, où la beauté est jalousée (Elle Fanning dans « The Neon Demon »).

L'amour et le désamour étaient aussi au cœur des destins féminins dans quelques longs métrages formidables, retraçant par exemple l'espoir déçu d'une rencontre (Florence Lloiret Caille dans « L'effet aquatique ») ou l'inexorable usure du couple (Bérénice Bejo dans « L'économie du couple »). D'autres cependant étaient incapable de sortir d'une passion dévorante, moteur de leur vie, délaissant tous ceux qui les aiment vraiment (Marion Cotillard dans « Mal de pierres »).

Enfin, un certains nombre de rôles féminins étaient plus simplement tourné vers la recherche (volontaire ou non) d'un élan de vie, vers l'ambition, la volonté de retrouver ou simplement de comprendre l'autre. Ce fut le cas de la formidable Sandra Hüller, contrainte par son père à sortir de son quotidien fait uniquement de travail, dans « Toni Erdmann », du trio de banlieusardes Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena et Jisca Kalvanda, cherchant un échappatoire dans « Divines », ou encore de Marion Cotillard, retrouvant un équilibre dans l'inégal « Juste la fin du monde ».

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Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur