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INTERVIEW

BACKSTAGE

Nous avons rencontré Emmanuelle Bercot (réalisatrice), Laurent Marimbert (compositeur), et Valéry Zeitoun (acteur) dans le cadre de la sortie du film Backstage.

La réalisatrice a d’abord été interrogée sur ses références, notamment iconographiques, pour la création du personnage de La…

© Loll Willems

Nous avons rencontré Emmanuelle Bercot (réalisatrice), Laurent Marimbert (compositeur), et Valéry Zeitoun (acteur) dans le cadre de la sortie du film Backstage.

La réalisatrice a d’abord été interrogée sur ses références, notamment iconographiques, pour la création du personnage de Lauren (Emmanuelle Seigner). Elle nous explique qu’elle n’a choisi aucune référence en particulier. Bien évidemment, elle reconnaît que le parallèle peut se faire facilement avec Mylène Farmer, qui utilise des jeux de scène et une imagerie proches, mais que cela n’était pas un choix de sa part. Emmanuelle Seigner s’est par exemple principalement inspirée de la chanteuse du groupe Blondie, et de Marylin Monroe.

Bien entendu, elle s’est beaucoup penchée sur ces phénomènes de fan attitude et d’hystérie collective, repérant de nombreux malaises, un univers morbide, dépressif, l’ambiguïté sexuelle… Au final, le personnage de Lauren, et l’attirance qu’elle suscite suivent des codes identiques à l’univers d’un personnage radicalement opposé comme Marylin Manson.

Le compositeur nous explique alors comment il a créé l’univers musical du film. Il a voulu créer un univers spécifique, mais qui reste crédible dans la mouvance de la variété française actuelle. Cet univers est finalement assez standardisé, ce qui explique le ton des chansons de Lauren.

Emmanuelle Bercot insiste ainsi sur le fait qu’elle est toujours guidée par un souci de crédibilité. Le casting est essentiel, mais la musique l’était tout autant ici. De même, concernant l’image, elle ne croit pas en la patte particulière d’un chef opérateur. Elle a choisi Agnès Godard pour ses qualités, et celle-ci a créé une lumière, une image, dans la veine réaliste choisie par la réalisatrice. Ce souci de réalisme et de crédibilité l’a également amenée à choisir une position neutre vis à vis de la télé réalité, elle ne voulait pas être trop extérieure à ce phénomène, ni rentrer dans son moule et ses excès.

La réalisatrice revient ensuite sur le choix d’Emmanuelle Seigner pour le rôle de la star. Elle recherchait une comédienne n’ayant pas une très forte image d’actrice, qui puisse arriver neutre sur le rôle. Quand elle a pensé à Emmanuelle, elle craignait que celle-ci refuse ce type de rôle, et surtout de tournage où finalement elle cherche à tirer le plus possible de chacun. Contrairement à son image, Emmanuelle Seigner est une actrice particulièrement fragile, qui se protège et à qui ce métier coûte. Pourtant, elle a accepté et a vraiment tout donné sur le film. Son image publique est définitivement en décalage avec sa personnalité réelle.

La réalisatrice revient également sur sa relation avec Isild Le Besco. Au départ lorsqu’elles se sont connues, Isild n’était pas encore actrice, elle n’avait que 13 ans. Maintenant, tout a changé, le travail avec elle est très différent. Cependant, c’est un énorme bonheur de travailler avec elle car sur un tournage, elle donne tout, sans limites. Isild est pour elle une sorte d’Alter Ego, en qui elle a confiance et avec qui elle travaille avec une grande familiarité.

Emmanuelle Bercot en profite pour parler de la pathologie de Lucie. Clairement cela s’apparente à une forme de folie. Elle a fait le choix de ne pas rencontrer elle-même de vrais fans, mais a eu l’opportunité de lire quelques lettres. De ces lettres, ce sont toujours les mêmes problèmes qui ressortent : une grande détresse, de la souffrance, la solitude, parfois même des attitudes suicidaires, ainsi qu’une ambiguïté sexuelle et une vision érotisée de la star.

Enfin, interrogée sur le public visé et son ambition pour le film, elle nous explique qu’elle a fait un film d’auteur, avec un potentiel plus commercial. Avec Backstage, elle souhaite toucher les ados. Le film a un sujet populaire, mais une écriture qui en fait un film plus ambitieux. L’identification à Lucie lui semble aisée pour les ados.

Dès son arrivée pour la conférence, Valéry Zeitoun est d’abord interrogé sur le nom de l’artiste, Lauren Waks. Il nous explique que c’est un très bon choix, qu’il n’a pas influencé, et qu’il le juge peut être un peu trop américain. Le disque est au final très bon (Emmanuelle Seigner interprète réellement les titres) et il affirme qu’il aurait pu lui-même le signer (V. Zeitoun est PDG du label AZ chez Universal).

Emmanuelle Bercot lui avait d’abord proposé le rôle de Daniel (Samuel Benchetrit), mais il a refusé car ne voulait pas jouer « à poil ». Il n’a donc pas du tout été choisi selon sa qualité de producteur, mais bien en tant qu’acteur. Il n’a pas non plus eu un rôle de conseiller technique tant le scénario était bien écrit dès le départ. Il ajoute qu’Emmanuelle Bercot a eu un regard très juste sur un milieu que pourtant elle ne connaissait pas.

Avant de conclure, Emmanuelle Bercot revient sur le tournage de la première scène de concert. Tout a été tourné au Zenith de Paris, avec les éclairages de Garou, mais devant une salle vide ou presque, seuls 70 figurants étaient présent. Aucune retouche n’a été effectuée en post-production, et pourtant, il faut l’avouer, l’effet est saisissant !

Rémy Margage Envoyer un message au rédacteur

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