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INTERVIEW

36 QUAI DES ORFÈVRES

Olivier Marchal

Alors qu’un journaliste questionne Dominique Loiseau sur l’effet que peut faire le fait de voir une partie de sa vie à l’écran, celui-ci retrace le parcours du scénario ou des scénarios inspirés par ses mésaventures. Il rappelle qu’après avoir été gracié par Mitterand en 1983, il a d’abord…

© Anne Laure POTHIN

Alors qu'un journaliste questionne Dominique Loiseau sur l'effet que peut faire le fait de voir une partie de sa vie à l'écran, celui-ci retrace le parcours du scénario ou des scénarios inspirés par ses mésaventures. Il rappelle qu'après avoir été gracié par Mitterand en 1983, il a d'abord cherché à comprendre ce qui lui était arrivé. Il a donc travaillé logiquement à une contre enquête, avec un ami de France 3, ce qui a donné un livre. Puis, même si Olivier Marchal pensait déjà à un film, c'est Claude Berri qui détenait les droits de son histoire. Mais le célèbre producteur voulait Renaud dans le rôle titre, qui lui sortait de Germinal et ne voulait plus tourner. Il l'a donc laissé travailler à un autre scénario avec Tavernier et Laurent Heynemann, mais basé sur l'écriture du livre et la contre enquête. Ecrit, ce scénario n'a jamais été mis en images.

Olivier Marchal voulait lui un film sur ce qui précède la tôle, et non pas l'histoire d'un flic en prison. Il souhaitait montrer comment, au nom de la raison d'Etat, on peu sacrifier un bon élément. Il précise d'ailleurs que la véritable histoire de Dominique s'arrête avec l'accident de voiture, et qu'en conséquence, la dernière demi-heure est de la pure fiction. Il ajoute d'ailleurs que le tournage n'a subit aucune pression, et qu'il ne cherchait surtout pas à provoquer une polémique avec les institutions. Ainsi, les faits remontent à 1986, et aujourd'hui, les rapports entre la BRI et la BRB ont bien changé. Les deux patrons, qui s'entendent aujourd'hui très bien, ont d'ailleurs vu le film, et cautionnent le film en jouant le jeu d'interviews croisées avec les deux acteurs jouant les rôles de leurs prédécesseurs.

Aujourd'hui réalisateur et acteur, il s'avoue frustré de n'avoir pu rester dans la police, car il idéalise toujours ce métier. Il indique avoir encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet, et continuera donc à écrire des scénarios pour le cinéma, car la télévision a selon lui, fait beaucoup de mal, en donnant une image « modes et tricots » à son métier originel. Bien sûr les deux hommes (Olivier Marchal et Dominique Loiseau) sont d'accord pour dire que le métier a évolué. Et si dans le film, les rapports et influences réciproques des bandits et des policiers sont bien rendus, c'est que dans ce métier, on est happé par le système, qu'a force d'anesthésie, on ne se rend plus compte qu'on fait du mimétisme avec ceux de l'autre côté et qu'on utilise leurs méthodes. Ils soulignent également l'évolution des gangsters, dont le code d'honneur a disparu puisqu'ils n'hésitent pas à tuer femmes et enfants, et qui disposent aujourd'hui d'armes puissantes, dont le fonctionnement leur échappe parfois heureusement à cause de leurs « QI d'apericube ».

Olivier Marchal revient alors sur l'ambition grandissante de sa mise en scène. Le changement depuis Gangsters, vient certainement, selon lui, d'un plus gros travail de préparation (6 mois), notamment avec le cadreur. Le découpage obtenu, au cordeau, vient également du visionnage de nombreux films, dont les Sergio Leone, avec l'espoir secret de faire une sorte de Heat (Michael Mann) à la française, ce que certains journalistes approuvent d'emblée. Il plaisante d'ailleurs en disant que sur le tournage on l'appelait « Marcel Mann ». Mais il ajoute également que des problèmes de relations avec l'un des producteurs de Gangsters, qui ne lui faisait pas confiance, sont également la raison pour laquelle il considère le film comme seulement un « bon brouillon ».

l souhaitait ici faire un film grand public, et a fait appel à deux monstres sacrés, qui su respecter l'histoire. Le choix de Depardieu et Auteuil n'a pas été immédiat. Il avait proposé les rôles à Bacri, Lindon entre autres, et même pensé un moment à Luchini, mais s'est laissé convaincre par Auteuil, pressenti dans les deux rôles, et a réécrit de lui-même certains aspect du rôle de Klein pour Depardieu, le rendant plus séduisant, avec un coté « vicking ». Il avoue enfin sa satisfaction à avoir pu imposer Daniel Duval en flic expérimenté, gueule de cinéma qu'il admire, ainsi que sa famille d'acteurs de seconds rôles. Enfin, il acquiesce quand une journaliste souligne l'importance des femmes dans son histoire, seule véritables éléments lumineux dans le film, en précisant qu'elles sont plus fortes psychologiquement que les hommes dans la police, et que les hommes ont toujours, eux, un coté désespérant avec leur attirance pour l'interdit et leurs « concours de bite ».

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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