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Critique Série : DR HOUSE

Titre original : House M.D.
Série créée par David Shore
Avec Hugh Laurie, Robert Sean Leonard, Lisa Edelstein, Omar Epps, Jesse Spencer, Jennifer Morrison, Peter Jacobson, Olivia Wilde, Kal Penn…

Première diffusion en France : 2007 sur TF1
Format : 42 minutes en moyenne par épisode (22 épisodes pour la saison 1)
Site officiel : Fox

Synopsis

Le docteur House est un célèbre diagnosticien travaillant à l’hôpital de Princeton. Secondé par une équipe de trois jeunes gens (des spécialistes dans le genre), il tente de découvrir les maladies qui rongent ses patients. Son credo : concevoir les symptômes comme des indices le menant petit à petit au coupable. Le problème : House est un vrai salaud.

Critique : Un partout, tous pour House

Dans le genre « série hospitalière », on croyait avoir tout vu : la vraie série médicale avec un peu de sexe, ("Urgences" et son lot de beaux médecins et d’infirmières craquantes), la série un peu moins médicale mais beaucoup plus portée sur la chose ("Grey’s Anatomy", ou comment je me suis disputée ma vie sexuelle… dans un lit de malade). Il faut avouer que par rapport à ces deux points de vue, "Dr House" renouvelle le genre. D’abord, parce que les personnages ne s’encombrent pas de termes simples, compréhensibles du grand public ; au mieux, le plus malin comprendra après quelques épisodes ce qu’est un lupus ou un syndrome de Wagner. L’aspect médical est plus présent que jamais, au risque que l’on n’y comprenne rien ; et pourtant, ça marche. Ensuite, parce que les histoires de fesses (malgré tout, bien présentes) passent réellement au deuxième plan, après les intrigues médicales.

Car le mot « intrigue » est décidément le terme le mieux adapté. Là où la série frappe un grand coup, c’est qu’elle est moins une série médicale (dans le sens scientifique du terme) qu’une série policière, où la maladie est le coupable, les syndromes des indices et le patient le lieu de l’investigation. Ici, quand il reste une chance à l’équipe de House de sauver le malheureux, le plus grand ennemi du souverain diagnosticien est l’ignorance. Et c’est finalement sur ce schéma que tous les épisodes se construisent, quitte à s’avérer un peu répétitifs à la longue. A partir des symptômes, la fine équipe tente de résoudre l’équation pour trouver le facteur inconnu qui permettra de sauver une âme humaine. Au fil des saisons, une pointe de lassitude tend à s’installer, tous les épisodes étant construits de manière similaire. Mais heureusement, il est un homme capable de sauver nos âmes humaines, à nous, pauvres téléspectateurs.

When House doesn’t feel like home

L’indiscutable point fort de la série est sans conteste son personnage principal: le Docteur Grégory House. Autrefois victime d’un caillot de sang dans la cuisse, il a quasiment perdu l’usage de sa jambe droite et marche avec une canne. La douleur le force à se shooter à longueur de journée avec des calmants très puissants. Un docteur drogué ? Première nouveauté de la série! House est également un homme divorcé d’une femme dont il reste (et restera sans doute toute sa vie) éperdument amoureux : Stacy. La fameuse Stacy refait d’ailleurs une apparition dans la saison 1, alors que l’état de son nouveau mari, atteint d’un mal inconnu, la force à demander de l’aide à son ex-compagnon, devenu aigri et renfrogné. Un homme meurtri par une blessure amoureuse ? Pas de nouveauté, sauf peut-être dans la façon dont House refuse d’admettre l’évidence de ses sentiments encore présents. House est à la fois un personnage atypique et antipathique à souhait.

Ce sont bien là sans doute les termes qui caractérisent le docteur : jamais content, toujours cynique, il est homme à se moquer des autres et à ne pas avoir d’attache. Manipulateur, mais toujours pour la bonne cause (ou presque), il est avant tout un homme d’une extrême intelligence, que ni les coups durs ni les blessures n’ont réussi à abattre. En tant que spectateur, il est parfaitement jubilatoire de se délecter de ses nombreux jeux de mots, caprices et autres grognements, tant on n’avait pas l’habitude de voir dans le rôle principal un personnage d’aussi mauvaise foi. Et si finalement, il parvient à sourire (le premier « vrai » sourire arrive dans l’épisode 17 de la saison 2 !!), ce n’est qu’en présence de celui qui lui est cher, son ami James Wilson, oncologue à qui il en fait parfois voir de toutes les couleurs.

Des personnages secondaires de seconde catégorie

Face à leur maître incontesté, les trois assistants de House sont loin de faire pâle figure, chacun s’inscrivant dans un « mode » précis : il y a d’abord Cameron, la jeune femme sensible et attachante, puis vient Forman, le médecin black au passé sombre. Enfin, le beau gosse Chase qui a grandi dans l’ombre d’un papa médecin de renommée. Ni figure d’opposition, ni fanatiques de House, ils prennent à tour de rôle différents statuts aux yeux de House, et, par extension, aux yeux du spectateur : d’abord objets dont on se moque, ils deviennent au fil des saisons de véritables docteurs, acceptant leurs erreurs et leurs faiblesses. Leur relation avec le grand chef est somme toute très intéressante à voir évoluer, entre considération, dégoût, voire même mépris. Finalement, c’est toujours le respect qui gagne, puisqu’à défaut d’être un humain agréable, House est un médecin hors paire, qui sauve quasiment tous ses patients (moyenne de 2 décès seulement par saison !). Or, ces trois personnages ne trouvent réellement de consistance que dans leur répondant face à House : on imaginerait mal, par exemple, un épisode complet sans l’apparition du grand manitou, et qui seraient uniquement porté par l'un des personnages secondaires.

House ne suit ni les règles de l’hôpital, ni les règles déontologiques, encore moins les valeurs morales dictées par son statut de médecin. Il n’a ni Dieu, ni maître, et aucun compagnon, sinon la douleur qui l’accompagne chaque jour. Il trouve néanmoins sur son chemin deux adversaires de taille, l’un en la personne de James Wilson, son meilleur ami, l’autre en la personne de Cuddy, jolie brin de femme à la tête de l’hôpital. Néanmoins, face au charisme et à la verve de House, ces deux acolytes font pâle figure et ont du mal à tenir la distance. Ces fameux « opposants » ne rivalisent pas réellement avec House, puisqu’on sait pertinemment que, tôt ou tard, ses manipulations et autres mensonges permettront de sauver la vie du patient. En tant que représentante officielle, Cuddy elle-même n’assied quasiment aucune autorité. Son rôle se résume parfois pendant plusieurs épisodes d’affilés aux mêmes types d’interventions, qui consistent à entamer des joutes verbales avec House, et dont il sort toujours vainqueur.

La caméra

Aujourd’hui composée de 5 saisons (dont la dernière est en cours de diffusion aux Etats-Unis), la série est assez minimaliste sur le plan de la réalisation. On s’éloigne des longs travellings à l’épaule façon "Urgences" pour déserter le côté documentaire. Ici tout est subterfuge, montage et plans d’illustrations à l’appui pour renforcer le côté fictif. La plupart des scènes se déroulent sur un panel de lieux assez réduit : la salle de réunion (où sont faits les fameux « diagnostics différentiels »), la chambre du malade, de temps en temps l’appartement de House, à l’occasion des lieux uniques (logement du malade chez qui on fouille pour trouver des médicaments, rues où un accident a lieu…).

Néanmoins, la série montre que les réalisateurs ont de l’audace et du punch à l’occasion d’épisodes un peu plus ravageurs. Les plus réussis d’entre eux restent sans aucun doute les deux derniers épisodes de la saison 4 (dont je ne dévoilerai rien, rassurez-vous !), mais dans lesquels House a perdu la mémoire, et se retrouve donc obligé de s’hypnotiser et de se droguer pour parvenir à démêler le faux du vrai dans ses souvenirs, et sauver ainsi une demoiselle en détresse. Dans ses « flashbacks », le docteur se met en scène dans ses propres souvenirs, naviguant entre là où il est et là où il était de manière tout à fait originale et assez inédite.

En clair, "Dr House" n’est pas une série pour les fleurs bleues ou les enragés du scalpel façon "Nip/Tuck", encore moins un programme pour les fans de petites culottes. Si la série fait autant rire que "Scrubs", c’est dans un tout autre registre qu’elle s’affiche : la méchanceté. La verve et le cynisme de son personnage principal en fait une série passionnante du point de vue du traitement de la maladie. Reste à savoir, dans les saisons qui ont été commandées pour les années à venir (la série fait un malheur outre-Atlantique), si les personnages secondaires, principal talon d’Achille de la série, sauront mieux être exploités.

Lucie Anthouard Envoyer un message au rédacteur