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ZOOLANDER 2

Un film de Ben Stiller

Derek & Hansel, you are so 2000… get out !

À la suite de la mort tragique de son épouse dans l’effondrement de son université, le top-model Derek Zoolander se voit retiré la garde de son enfant. Abattu, il annonce son retrait du monde de la mode et décide d’aller vivre en ermite au fin fond des montagnes du nord du New Jersey. Mais lorsqu’un mystérieux assassin se met à exterminer des popstars célèbres, la belle Valentina, agent de la Fashion Police d’Interpol, incite Derek et son meilleur ami Hansel à tout faire pour sauver le monde d’une catastrophe imminente…

Avait-on réellement envie de retrouver le top-model le plus crétin du système solaire dans une suite de ses aventures ? Secrètement oui, mais à part pour élever à la hausse le nombre de caméos présents à l’écran et pour faire bouillir un peu plus le niveau de débilité en matière de gags, on n’arrivait pas à envisager une quelconque valeur ajoutée. Ce qui faisait de "Zoolander" une vraie bonne surprise tenait finalement à peu de choses : un goût évident pour tailler un costard satirique au monde de la mode, une écriture maîtrisée en dépit d’un humour joyeusement coincé en-dessous de la ceinture, et une multitude de stars invitées dans le film pour s’en donner à cœur joie dans l’autodérision. Les fous rires étaient bien là, comme souvent lorsque Ben Stiller passe derrière la caméra – impossible d’oublier le monumental "Tonnerre sous les Tropiques". Mais là, on ne rit pas. On ne rigole plus.

Résumer l’échec de "Zoolander 2" n’est pas compliqué : c’est un peu comme un clone du premier film, mais en taille bébé, et enfilé par une actrice pas très branchée et trop maquillée des "Charlie’s Angels". N’ayant visiblement pas eu d’autre idée que de suivre ce parti pris – en général voué à l’échec – qu’est la surenchère, Stiller s’est contenté de recycler une large partie des gags du premier film, en poussant un peu plus le curseur de la crétinerie et en plaçant tout ça dans une nouvelle intrigue d’espionnage aussi ludique qu’une partie de Pogs entre gamins de primaires. S’enchaînent alors tout un tas de circonvolutions narratives aussi creuses que débiles, à base de fontaine de Jouvence, de nihilistes crados, de scènes d’action illisibles et de réseaux sociaux constamment cités pour remplir les trous de l’intrigue. Sans parler d’un élément qui, en soi, justifie en grande partie cette sévère carence en rigolade : la volonté d’humaniser le très bêta Derek Zoolander en papa modèle, forcément en y ajoutant le traditionnel gamin spielbergien pour susciter une adhésion forcée chez le spectateur et enrober son humour joyeusement con d’un point de vue consensuel.

Alors, certes, les caméos en cascade sont effectivement de retour (s’y croisent pêle-mêle Sting, Skrillex, Susan Boyle, Benedict Cumberbatch, Naomi Campbell, Susan Sarandon, Kiefer Sutherland, Katy Perry, John Malkovich, Anna Wintour, Marc Jacobs, Justin Bieber… je continue ?), la très sexy Pénélope Cruz ne rate jamais une occasion pour se moquer avec panache de sa plastique de rêve, et ce grand malade de Will Ferrell rejoue les psychopathes clownesques avec une évidente propension pour le too much. Reste que la folie décomplexée et la verve satirique du premier film vis-à-vis d’un monde de la mode assimilé à une dictature du paraître se retrouvent ici à l’état parcellaire, noyées dans une redite excessive et bien trop forcée pour ne pas sembler suspecte. Peut-être aurait-on dû interpréter l’échec monstrueux du film aux États-Unis comme un signe…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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