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LES YEUX JAUNES DES CROCODILES

Un film de Cécile Telerman

Abus de sentimentalisme pour crime cinématographique

Joséphine est chercheuse au CNRS et historienne spécialisée dans le Moyen-âge. Pourtant malgré sa réussite, toute sa famille se moque de sa profession, celle-ci n’étant pas assez bourgeoise aux yeux de la classe mondaine. Sa sœur Iris a beau ne rien faire de ses journées, son mariage avec un avocat à succès lui vaut la fierté de sa mère. En difficulté financièrement suite au départ de son mari, Joséphine va accepter d’écrire un livre pour sortir une nouvelle fois sa sœur du pétrin. Mais bonne poire, elle ne s’attendait pas au triomphe du bouquin, réussite qui ne sera pas sans conséquence pour cette famille…

Cécile Telerman semble apprécier particulièrement deux choses au cinéma : la famille et le pathos. Après "Quelque chose à te dire", c’est tout naturellement qu’elle s’est essayée à l’adaptation du premier roman de la célèbre trilogie de Katherine Pancol, Les yeux jaunes des crocodiles, soit l’histoire de deux sœurs que tout oppose. L’une vie sur les rentes de son mari et côtoie le gratin parisien, l’autre vit en banlieue et éprouve les plus grandes difficultés à boucler les fins de mois. Alors lorsque la première propose à la deuxième de lui écrire un bouquin en échange d’argent, celle-ci ne peut refuser le deal, malgré les conséquences dramatiques que cela va engendrer.

Avec ce long-métrage, la cinéaste s’est lancée dans une entreprise périlleuse, voire une mission impossible, en essayant d’adapter avec subtilité et intelligence un roman rempli de situations rocambolesques et de personnages stéréotypés. Mais malheureusement, la sobriété de la mise en scène se transforme en une fadeur déplaisante, tandis que sa tentative d’édulcorer les personnalités caricaturales des protagonistes les rend complètement stupides. Par une absence totale d’ambition, aussi bien dans le fond que sur la forme, la réalisatrice condamnait son œuvre à l’appréciation seule des aficionados du roman, les autres n’ayant rien à se mettre sous la dent durant les deux heures de ce film maladroit et hésitant.

Pourtant, le casting tient parfaitement son rôle, Alice Isaaz est plus que convaincante en petite peste antipathique, Julie Depardieu est toujours parfaite dans le rôle de la mère gauche qui ignore son potentiel sentimental et professionnel, et Patrick Bruel parvient même à faire preuve de finesse. Mais la chronique de cette famille névrosée ne parvient jamais à trouver son rythme, se contentant d’enchaîner des scènes vides et sans intérêt. Le panorama de ces êtres barrés aux tendances dépressives manque complètement de saveur, nous donnant presque envie de relire le roman, ce qui n’est pas loin de constituer un exploit. À part les amoureux du « style Pancol », passez votre chemin car vous risquez de trouver le temps très long…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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