avec ou sans moustache

THE WITCH

Un film de Robert Eggers

Une sorcière beaucoup trop sage

Au XVIIe siècle, alors que les États-Unis étaient loin de ressembler à ce qu'ils sont aujourd'hui, un couple de dévot quitte la communauté religieuse dans laquelle ils vivaient jusqu'à présent avec leurs cinq enfants. Ils s'installent en lisière de forêt pour mener une vie de prière et de labeur au beau milieu d'une nature encore sauvage. C'est alors que leur dernier-né disparaît mystérieusement, tandis que des événements de plus en plus étranges et inquiétants surviennent aux abords de la ferme. Il n'en faut pas plus pour que l'unité familiale vole en éclats et que la descente aux enfers commence…

Présenté début 2016 au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, "The Witch" était l'un des films les plus attendus de la compétition. Et pour cause, le long-métrage a fait l'objet d'une énorme campagne de communication de la part d'Universal qui nous le présentait comme le film d'horreur de l'année. Alors, "The Witch" fut-il à la hauteur de nos attentes ? La réponse est non. Certes Eggers nous offre une œuvre avec un ton à part et une vraie personnalité, mais ça ne suffit pas ! L'intrigue se concentre beaucoup plus sur les dissensions qui apparaissent peu à peu au sein de cette famille de fanatiques que sur la sorcière que nous promettait le titre. Un choix de mise en scène visant à créer une ambiance mystérieuse et oppressante. On ne nous montre presque jamais la menace afin de faire monter la tension en privilégiant l'ambiance aux effets de style. Attention, "The Witch" adopte tout de même de nombreux codes du cinéma d'horreur, mais ceux-ci sont adaptés au rythme lent et contemplatif du film.

Malheureusement, cela rend le long-métrage un peu lent et parfois même un peu ennuyeux. D'autant que la plupart des événements passeraient inaperçus dans de nombreux films d'horreur. En effet, nous voyons l'histoire à travers les yeux de fanatiques religieux interprétant tout et n'importe quoi comme un châtiment divin ou une tentation diabolique, c'est au choix. Un gamin de 6 ans joue avec une chèvre ? Elle est l'incarnation du démon. La fille aînée commence à se rendre compte que ses parents sont siphonnés ? Elle est probablement possédée, etc.

De plus, on en sait très peu sur les personnages. Pourquoi ont-il quitté leur congrégation, pourquoi ont-ils choisi de s'installer ici, à la lisière de cette forêt. Dès les premières minutes, on a l'impression d'être arrivé en retard et d'avoir raté le début du film. Mais ne soyons pas trop durs tout de même, une petite scène nous montre le départ de la famille quelques semaines ou quelques mois avant le début des événements.

Tout cela rend "The Witch" assez contemplatif et on doit s'en remettre aux images pour nous procurer les frissons qu'on était en droit d'attendre. Heureusement, le réalisateur parvient à créer une ambiance glauque et oppressante qui compense plutôt bien le manque de rythme du film. Les images sont magnifiques, le décor est à la fois inquiétant et majestueux, les costumes sont très réussis, bref, on sent que Robert Eggers et son équipe technique se sont donnés du mal pour que le film ait de la gueule, et ça mérite d'être souligné. En même temps, c'est un minimum pour un réalisateur ayant commencé sa carrière cinématographique en tant que chef costumier. Certes, c'était sur un film d'horreur insignifiant sorti en direct to DVD – "Le chemin sans retour" – mais tout de même, il aurait été très décevant que les costumes et les décors de "The Witch" soient ratés. Toutefois, il ne suffit pas de mettre des paysans intégristes du XVIIe en costumes d'époque dans une forêt pour faire le film d'horreur de l'année. Il manque à "The Witch" ce petit plus qui fait que de beaux films deviennent de bons films.

Au final, ce long-métrage restera la grande déception du Festival de Gérardmer 2016, même s'il est loin d'être un mauvais film. En réalité tout cela est plutôt la faute à une campagne de communication racoleuse qui nous a clairement survendu un long-métrage somme toute assez moyen.

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

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