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WELCOME TO LEITH

Avec

Un documentaire saisissant et terrifiant sur un nationaliste blanc

"Welcome to Leith" raconte comment une petite ville de 24 habitants du Dakota du Nord s’est retrouvée envahie par un suprémaciste blanc bien décidé à établir une ville de racistes au cœur de ces terres abandonnées…

À la fin de l’année 2013, une vidéo montrant un suprémaciste blanc apprenant qu’il avait des origines subsahariennes était rapidement devenue virale. Sa réaction, ainsi que celle de l’animatrice, déclenchait bien souvent les rires. Ce que l’on savait moins à l’époque, c’est que cet homme, Craig Cobb, un des plus célèbres zélateurs de groupes racistes aux États-Unis, était en train de s’emparer littéralement d’une petite ville du Dakota du Nord pour y installer sa communauté. Dans la bourgade de Leith, on ne compte que 24 habitants, un seul commerce, de nombreux terrains abandonnés et tout autant de maisons délabrées, faisant un peu penser à un décor de film catastrophe. Alors cet homme à la barbe prononcée et aux idées radicales va avoir l’idée d’acheter plusieurs terrains pour une bouchée de pain et les proposer à ses amis, tous aussi extrémistes que lui.

Et c’est ainsi que les habitants de Leith, dont plusieurs avouent qu’ils n’étaient pas au courant de l’existence d’une telle pensée à leur époque, voient débarquer plusieurs membres de groupuscules dont les idées de haine raciale les rapprochent. C’est également le début d’un documentaire passionnant sur comment cette population va se retrouver prise en otage par des idéaux aryens et comment la résistance va s’organiser pour retrouver le calme d’antan. Après nous avoir présenté successivement les habitants du village, les documentaristes nous présentent le fameux voisin non-désiré, d’abord considéré comme un monsieur vieillissant fantasque avant que la vérité n’éclate au grand jour.

Tous les éléments de la tragédie sont méticuleusement exposés et décortiqués, à l’image du discours de Craig Cobb, qui explique très simplement comment il va prendre le pouvoir par les urnes (car il est important pour lui que ce soient les lois de ce pays qu’il aime tant qui légitiment sa position) pour créer son havre de paix où pourra s’exprimer son utopie aryenne, un microcosme où les croix gammées et les drapeaux néo-nazis remplaceront la bannière étoilée américaine. Progressivement, les deux réalisateurs s’effacent derrière leur sujet, laissant les spectateurs assister impuissants au drame qui se joue. Terrifiant, le documentaire devient un thriller sordide où des séquences sont comparables à de véritables scènes de guerre, notamment lorsque Cobb et son acolyte patrouillent dans les chemins boueux de cette ville fantôme, fusil d’assaut au poing.

Plus que le parcours incroyable de la ville de Leith, le documentaire ambitionne de raconter également la réalité des menaces de ce genre d’individus, ainsi que l’institutionnalisation de la lutte contre ceux-ci, notamment via l’interview de membres de services américains spécialisés. Mais là où le documentaire devient véritablement passionnant et dérangeant, c’est qu’il finit par questionner l’idée de démocratie et les valeurs morales considérées comme supérieures en esquissant une certaine condamnation des agissements des locaux pour chasser l’envahisseur. Le cinéma-direct de Michael Beach Nichols et Christopher K. Walker nous laisse alors avec une vérité qui fait froid dans le dos, une chronique abrupte et sans concession d’une réalité que beaucoup préfère ignorer.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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