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VILLA CAPRICE

Un film de Bernard Stora

Un caprice de scénariste

Gilles Fontaine, l’un des patrons les plus puissants de France, apprend un jour qu’il va être mis en examen : on le suspecte d’avoir acquis de manière douteuse une magnifique propriété de la Côte d’Azur, la « Villa Caprice ». Il choisit l’avocat Luc Germon, célèbre et redouté dans le milieu judiciaire, pour assurer sa défense. Une relation professionnelle qui va peu à peu hésiter entre l’alliance et la rivalité, sur fond d’une affaire peut-être plus obscure qu’il n’y paraît…

Villa Caprice film movie

Il est effectivement question d’un caprice dans le film. Pour le coup, cela ne se résume donc pas au nom de cette somptueuse villa provençale que certains cinéphiles auront peut-être reconnue : c’est en effet dans cette même demeure, située sur les abords du village de Ramatuelle, que Gilles Paquet-Brenner avait tourné en 2007 son excellent thriller solaire "U.V.". Le souci, c’est qu’on sent surtout que le film "Villa Caprice" doit lui aussi son existence à un « caprice ». Celui que l’on attribue sans l’ombre d’un doute à Bernard Stora, lequel avait surtout roulé sa bosse en tant que scénariste prestigieux sur bon nombre de projets (pour le cinéma ou la télévision), et qui n’avait pas touché une caméra depuis "Un dérangement considérable" il y a près de vingt ans.

Revenir à la réalisation après une si longue attente avec un projet qui cumule à ce point-là les erreurs d’aiguillage et les trous d’air narratifs est un signe qui ne trompe pas. Au cœur de ce thriller qui n’en a que le nom se dresse vite fait un édifice dont nous sommes très familiers : la traditionnelle valse de coups tordus qui montre une galerie de personnages obsédés par le pouvoir (juges d’instruction, avocats, procureurs, hommes d’affaires, épouses riches, etc…) se tenir aléatoirement par les couilles, histoire de bien montrer lequel peut avoir la mainmise sur l’autre. Avec, en bout de course, la révélation du nœud gordien d’une machination que l’on imagine aussi retorse que sournoise. Bref, l’éternel couplet sur la question du pouvoir dans le cercle des nantis, aujourd’hui un tantinet passée de mode depuis que Claude Chabrol a cassé sa pipe, et encore plus au vu d’une réalité qui a depuis longtemps dépassé la fiction.

Le souci, et pas des moindres, c’est que Stora semble avoir oublié son scénario, ou du moins charcuté sa dynamique pour d’obscures raisons de postproduction. On restera certes muets en ce qui concerne la finalité réelle de l’intrigue (en l’état très décevante et achevée sur une scène finale qui frise l’esquive expéditive), mais on précisera quand même que l’enquête judiciaire qui devait servir d’épicentre à la narration se retrouve évaporée aux deux tiers. Ce qui semble motiver le réalisateur-scénariste se limite ainsi à des divagations narratives sans intérêt, à l’image d’un Michel Bouquet intolérant qui regarde Fort Boyard et qui multiplie les injures racistes, de quelques considérations gadget sur l’art de cuisiner le gigot ou les tomates mozzarella, d’une sous-intrigue conjugale plus éculée tu meurs entre Patrick Bruel et Irène Jacob (une actrice décidément trop rare qui constitue ici notre seul rayon de soleil), ou encore – piste intéressante au premier abord – de miser sur un hypothétique suspense lié à l’homosexualité refoulée du personnage joué par Niels Arestrup.

Tout cela, on le découvre vite, relève hélas de l’écran de fumée, tout juste bon à servir sur plateau plaqué or un banal duel d’influence tel que le cinéma américain nous en livre par containers chaque année. En orbite autour du tandem Bruel/Arestrup, les seconds rôles ressemblent au pire à des satellites tombés en panne (Yves Jacques n’apparaît ici que sur deux photos au journal télévisé !), au mieux à des rôles-fonctions qui n’incarnent jamais une potentialité de double jeu. Et de ce fait, le thriller attendu achève de laisser la place à sa seule promesse, gâchée de A à Z. Question de caprice, sans doute.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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