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VENT CHAUD

Un film de Daniel Nolasco

Une ensorcelante fable sur le désir

Sandro, dans sa quarantaine, travaille dans les bureaux d’une compagnie minière. Croisant son collègue barbu Ricardo sur un lieu de drague extérieur – une forêt avoisinante -, ils baisent ensemble sur place, de manière assez passionnée. A la piscine, il a tôt fait de remarquer Maicon, un blond moustachu sur lequel il fantasme immédiatement…

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"Vent Chaud" est un film fascinant, traitant à la fois du fantasme, en le représentant de différentes manières, mais aussi de la projection de soi-même sur l'objet du désir. Une question probablement plus développée chez les homosexuels, comme le personnage principal, qui vient ici se doubler de celle du vieillissement et de la solitude subie. Sandro, à la recherche d’un contact véritable, au-delà des plaisirs sporadiques que lui offre son existence, se retrouve ici pris en étau entre son habitué, séducteur qui accepte quelques scénarios mais reste peu impliqué (Ricardo), et l'objet de ses fantasmes (Maicon), marié.

Ce film brésilien gay, passé par la section Panorama du Festival de Berlin 2020 et Grand Prix du Festival Chéries Chéris 2020 (juin 2021), s’avère érotique par moments, violent à d’autres, Daniel Nolasco utilisant des changements de couleurs dominantes pour mieux passer de la réalité au fantasme. Tenté de toutes part par les ouvriers qui l’entourent, cachant pour beaucoup leur penchant, Sandro (Leandro Faria Lelo, touchant), nous projette dans l’imagerie masculine qu’il s’est construite, jusqu’à ce qu’un simple geste vienne changer la donne. Car au-delà de la crudité esthétisée de certaines scènes, se dégage une vision romantique du besoin de contact, et surtout les désirs de vivre en dehors des normes de la société, comme du couple.

Détournant les codes de la virilité ouvrière ou rurale, "Vent Chaud" utilise des lieux symboliques, comme les vestiaires (en leur affectant des couleurs connotées - néons rose et vert) ou un corral. Il s’amuse aussi de l’imagerie du porno des années 70-80 (un touché de tuyau, un cowboy dans un club érotique…), pour mieux détacher progressivement ses personnages de schémas entraînant une surenchère. Oscillant en permanence entre fantasmes et réalité, le scénario traite ainsi avec distance de questions d’homophobie, d’anonymat, de pression sociale, de domination, et du danger potentiel de vivre sa sexualité. Une œuvre qui marquera sans doute un tournant, par sa forme si particulière, dans l’approche du désir homosexuel.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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