Parce qu'on en a jamais assez !

UNE PLACE SUR LA TERRE

Un film de Fabienne Godet

Fenêtre sur les sentiments

Antoine, photographe désabusé à l'humour noir, a pour seul ami Matéo, le jeune fils de sa voisine, jusqu'au jour où des notes de piano venues de l'immeuble d'en face viennent changer sa vie. La musicienne, c'est Elena, étudiante en archéologie, qui travaille dans un centre d'aide aux adolescents. Une jeune femme brisée qui va devenir, à son insu, le modèle d'Antoine et pas que.

Bouleversant. Avec « Une place sur la Terre », on est frappé en plein cœur par l'histoire d'Antoine et d'Elena. Leurs rires nous donnent envie de sourire, leurs mal-être nous retournent l'estomac, leurs regards nous transpercent. Antoine, associable et alcoolique, traîne sa tristesse mais avec humour. Lorsqu'il raconte des histoires à son meilleur copain Matéo, un gosse qu'il garde souvent, c'est toujours à sa sauce : Cendrillon et « ses géniales pompes, un prince pas très fute-fute » ; la pintade du réveillon à qui on met de l’auto-bronzant avant de l'enfourner. Antoine, c'est aussi le photographe fébrile, le souffle haletant, qui prend des clichés de la perdue Elena. Le même qui lui redonne le sourire. Derrière Antoine, on ne peut s'empêcher de voir Benoît l'acteur (Poelvoorde), qui incarne parfaitement le personnage, le possède littéralement. Car on sait le comédien en proie à la dépression à une période de sa vie. Quant à Elena, elle entre dans la vie d'Antoine par quelques notes de Chopin et un saut dans le vide. Le duo Poelvoorde et Labed (dans le rôle d'Elena), tout en pudeur, en justesse, fonctionne à merveille.

La réalisatrice offre également une part belle à l'image. Celle des reflets dans les vitres du métro, des gros plans sur les visages expressifs des protagonistes et bien sûr les clichés pris par Antoine depuis sa fenêtre, tel Jeffries dans « Fenêtre sur cour » d'Hitchcock, et révélés dans la chambre noire comme par magie. Cette chambre noire où se mêlent le rouge de la lumière et les photos en noir et blanc, emprises de tristesse et de désarroi. Dans cet univers sombre, la séquence en campagne au milieu du vert pâturage et des fleurs blanches (avec ce superbe plan pris en plongée du couple - qui n'en est pas réellement un - Antoine et Elena) apparaît comme une parenthèse inattendue, pleine de poésie, de joie de vivre et d'espoir. Le plan final montrant Antoine est si juste, à l'image du film. Un cliché pris dans un « instant décisif », cher à Cartier-Bresson. Parfait.

Alexandra TrepardouxEnvoyer un message au rédacteur

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