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UNE MÈRE

La Tête basse

Une femme rentre en bus de son travail. Dans sa cuisine, elle commence à danser au son de la musique, mais malencontreusement elle fait tomber un paquet de céréales qui en s’ouvrant projette sur le sol tout le contenu de la boîte. Ce petit accident l’anéantit un instant. Recroquevillée sur elle-même comme pour dédramatiser, elle voit son fils débarquer dans la cuisine et faire sa vie tout en l’ignorant… Voilà les rapports mère-fils qui semblent régir cette maison. Ou quand une mère est découragée du comportement de son rejeton sur lequel elle ne semble plus avoir aucune autorité…

Après son très beau "Darling", qui révélait le talent de Marina Foïs, on attendait une autre performance réalisatrice/actrice avec ce "Une mère", quatrième long métrage de Christine Carrière, qui retrouve Mathilde Seigner vingt ans après leur première collaboration dans "Rosine". Le miracle n’arrivera pas et laissera un goût amer tant la déconvenue est grande... L’actrice ne convainc pas vraiment dans ce rôle de mère prête à tout pour se débarrasser de ce fils qu’elle n’a jamais vraiment désiré. Et la réalisatrice n’insufflera pas la nécessaire fusion, aussi destructrice soit-elle, à son duo mère/fils permettant l’adhésion du spectateur à l’histoire, aux protagonistes et au film lui-même…

Dommage car il est plutôt rare de mettre en scène au cinéma le « désamour » que l’on porte à ses enfants, les films nous ayant davantage habitués aux combats de femmes déterminées à mettre sur le droit chemin leurs bambins ("Mommy", "Mother"…). Ici, le scénario met en avant l’ambiguïté des sentiments que porte la mère pour son fils. En effet, autant ce dernier déteste fermement sa génitrice, lui jetant à la figure le convenu « J’ai pas demandé à naître », autant la mère semble partagée entre deux sentiments opposés : l’attachement maternel naturel qu’elle éprouve pour son fils et le désenchantement d’avoir créé une personne qui n’est pas à son image et ne rentre pas dans la norme d’un fiston dévoué à sa mère.

Sur le papier, l’histoire fonctionne parfaitement et on peut comprendre le désir des producteurs et des comédiens de se lancer dans cette aventure filmique. À l’écran, malheureusement, le résultat laisse pantois avant que l’échec énerve rageusement. La mise en scène très théâtralisée ne fonctionne pas, les dialogues souvent stéréotypés affadissent le propos et les comédiens, mal dirigés, sont tous en mode monocorde et mono expressif. Seul le "couple" Seigner/Favino est crédible dans son histoire touchante du « Je t’aime, moi non plus », sensible et juste. Mais le cœur du film, la relation mère/fils, est lancinant, mal développé, aux situations et réactions souvent aberrantes dont on ne sait jamais s’il faut en rire ou en pleurer.

C’est d’ailleurs longtemps après qu’on ait visionné le film que le deuxième effet « kiss cool » agit : ainsi, par exemple, en repensant à la scène dramatique de l’accident lors du rapport sexuel, comment au bout du compte ne pas éclater de rire face à cette mésaventure ?! Idem pour les scènes du fils qui fuit ses responsabilités en prenant ses cliques et ses claques (enfin surtout ses cliques !). Bref, "Une mère" n’est pas loin du ratage total. Le sujet aurait mérité meilleur traitement notamment sur le questionnement du rôle de parents (qu’est-ce qu’être une mère ? qu’est-ce qu’être un fils ? quel rôle social cela entraîne-t-il ?). Inabouti et ennuyeux. À oublier très vite…

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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