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UNDER THE SILVER LAKE

Jeu de piste nébuleux et exaltant dans l’industrie des rêves déchus

La trentaine passée, Sam passe la plupart de son temps à végéter sur son canapé tout en rêvant de célébrité. La mystérieuse disparition d’une voisine va redonner un sens à son existence, le jeune homme se lançant à corps perdu dans une quête pour la vérité…

Los Angeles. Ses piscines ensoleillées, ses villas de luxe où les « parties never stop », ses chimères de célébrités. La Cité des Anges n’a jamais cessé d’inspirer les cinéastes, au point de développer plusieurs sous-genres dont le polar névrotique et labyrinthique. S’inscrivant dans la continuité de ce mouvement, où “Sunset Boulevard” et “Mulholland Drive” figurent parmi les modèles, “Under the Silver Lake” se construit comme une plongée vertigineuse et rocambolesque dans les méandres de l’industrie du rêve.

Après le très remarqué “It Follows”, David Robert Mitchell a pris son temps pour se risquer au périlleux exercice du « film d’après » ; quatre années précisément, le temps de construire une intrigue déjantée, ultra-référencée, où les angoisses des protagonistes se transforment en démences sur fond de culture pop. Car là est bien le cœur du métrage, une digression tortueuse et jouissive sur la tentation permanente du recyclage culturel, sur cette fascination morbide pour les strass et les paillettes. Lorsque Sam, trentenaire adepte de la procrastination sur canapé, remarque la disparition d'une voisine, il trouve un sens nouveau à sa vie. Et le réalisateur : un prétexte pour débuter les pérégrinations loufoques de son alter ego.

Par un foisonnement généreux de rebondissements complètement barrés, ces déambulations fantasmagoriques ont tendance à amuser malgré un manque de consistance. Comme si, à l’image de la métropole californienne, le paraître s’était emparé de la pellicule pour la brider dès lors que le film s’apprêtait à embrasser son sujet. S’en dégage alors un sentiment de frustration, l'agaçante impression d’observer les esquisses d’un chef d’œuvre qui n’arrivera jamais, la faute à un montage mécanique se perdant dans une longueur excessive. Mais ces quelques flottements ne sauraient effacer l’audace d’un trip paranoïaque aux sonorités électrisantes dont les images convient des univers aussi variés que ceux de Greg Araki, David Lynch ou encore Alfred Hitchcock. C’est donc avec impatience que l’on attendra la prochaine cuvée de David Robert Mitchell.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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