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UN ILLUSTRE INCONNU

N’est pas Cronenberg qui veut

Sébastien Nicolas a toujours rêvé d’être quelqu’un d’autre. Mais il n’a jamais eu d’imagination. Du coup, il se livre à un exercice peu banal : il observe les gens qu’il rencontre, les suit dans leurs déplacements, et en arrive à les imiter afin de se rapprocher de leur existence…

Quand on lit le synopsis, on voit déjà le tableau : un sujet propice à une réflexion sur le malaise identitaire au sein de nos sociétés contemporaines, avec peut-être une analogie avec le métier d’acteur. La bonne nouvelle, c’est que Matthieu Delaporte, pour une fois seul à la réalisation suite au carton du "Prénom" (son acolyte Alexandre de la Patellière est néanmoins toujours au scénario), a visiblement suivi cette voie, au moins en ce qui concerne le deuxième point. Il suffit de voir son protagoniste, petit agent immobilier au quotidien à peu près aussi grisâtre que son costume, s’attacher à observer chaque micro-détail physique ou comportemental de quelques individus piochés au cours de ses visites. Sans parler de la vaste salle de maquillage qui constitue la principale attraction de sa cave : c’est tout juste si on ne se croirait pas dans une loge d’acteur en plein tournage.

L’analogie avec le métier d’acteur (caméléon au-delà du possible) est donc ici implantée dans le récit, surtout lorsque le 7ème Art lui-même s’invite à la fête : le héros va jusqu’à regarder des films rattachés à la situation qu’il vit pour trouver la crédibilité nécessaire (pour jouer un père qui retrouve son fils, rien de mieux qu’un visionnage du "Superman" de Richard Donner !). Mais voilà, il y a un hic : on ne ressent rien devant "Un illustre inconnu". Delaporte a beau imposer une ambiance angoissante, celle-ci ne fait qu’appuyer une fois de plus la banalité d’un quotidien grisâtre et plombant tel qu’on le retrouve dans 80% des films français. Quant aux rares idées de mise en scène, elles sont ici noyées dans une narration somme toute assez sommaire (si l’on excepte une scène d’ouverture en trompe-l’œil) qui évacue vite toute réflexion méta-textuelle sur l’aliénation pour ne garder qu’un relief d’illustration de fait divers, centré sur l’enfermement progressif d’un homme dans le cercle vicieux qu’il a fait naître (le récent film de Cédric Anger sur l’affaire du « tueur de l’Oise » souffrait du même problème).

Plus grave encore : comme le réalisateur n’arrive quasiment jamais à faire incarner son sujet par la seule force de sa mise en scène et de son découpage, il se retrouve réduit à l’expliciter bêtement par l’intermédiaire d’une voix off cinq secondes avant le générique de fin. Pour qu’un tel sujet puisse acquérir un relief symbolique sur grand écran, il aurait fallu le trouble et la perversité d’un David Cronenberg, maître absolu du vertige identitaire, capable d’injecter une dose de malaise progressif en intraveineuse dans chacune de ses intrigues. Delaporte, lui, en reste au minimum syndical : illustration sommaire du sujet et performance d’acteur à privilégier. C’est sur ce dernier point que le film présente néanmoins un bel élément de défense : le jeu de Mathieu Kassovitz, toujours aussi parfait quel que ce soit le rôle qu’il investit, se révèle des plus dérangeants, en tout cas assez pour que le moindre de ses regards devienne source de questionnements. Un acteur caméléon, tout simplement.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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