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UN ETE ITALIEN

Une ambiance, mais pas un film...

Une mère et ses filles circulent sur une route enneigée près de Chicago. La plus petite joue avec sa grande sœur mais le jeu tourne au drame... et à l'accident de voiture dont la mère ne réchappera pas. Pour prendre un nouveau départ, le père décide de quitter le pays et de se rendre en Italie, à Gênes. Mais le deuil ne se fait pas simplement, la petite fille éprouve notamment un fort sentiment de culpabilité...

Le très prolifique Michael Winterbottom, onze films ces dix dernières années et quatre en cours, reste dans son Europe chérie et nous donne rendez-vous en Italie, à Gênes où il a séjourné et dont il a absolument voulu faire le décor d’un de ses films. Il y amène une famille dévorée par la douloureuse disparition de la mère, récemment décédée dans un accident de la route. Une manière de se ressourcer et de repartir sur de nouvelles bases pour Colin Firth, le père, et ses deux filles. Caméra à l'épaule, le réalisateur a souhaité tourner ses scènes en plan-séquence en utilisant au maximum la lumière naturelle pour donner aux acteurs et à la caméra le plus de liberté de mouvement possible.

Ses thèmes de prédilection sont là : la famille, les expatriés, les situations de stress et de danger. Winterbottom examine comment ce petit monde gère différemment cette disparition. La plus jeune fille vit dans un monde qu’elle se fabrique où sa mère est auprès d’elle et où elle est constamment prête à basculer dans la folie, de quoi inquiéter profondément à son jeune âge. L’adolescente semble être dans un état de je-m’en-foutisme complet, détachée des événements, égoïste mais marquée intérieurement par l’accident de la route. Le père, lui, essaie dans un excès d’amour de protéger sa progéniture et vit dans une angoisse durable de les perdre à tout moment.

C’est donc une ambiance noire, inquiétante et tendue qui est retranscrite à merveille et qui suinte dans toutes les scènes. On panique quand les personnages nagent dans la mer. On angoisse dans les moindres recoins des ruelles sombres de Gênes. On est inquiet jour et nuit pour cette famille à qui on pense qu’il va arriver les pires tragédies.

La mort, les églises, les cauchemars et les fantômes entretiennent donc une ambiance de malaise constant qui retient le spectateur en haleine davantage que l’histoire elle-même, assez banale voire lancinante. Colin Firth (acteur très prolifique également avec six films ces deux dernières années dont « Mamma Mia » en 2008 et « Un mariage de rêve » qui sort le 6 mai 2009), qui la joue tourmenté à souhait, et les deux jeunes actrices (Willa Holland de la série « Gossip girl » et Perla Haney-Jardine vue dans « Spiderman 3 ») respectent le cahier des charges d’une distribution anglo-américaine soutenue par la touchante Catherine Keener.

Néanmoins on attendait plus de Michael Winterbottom, le virtuose anglais qui passe à l’aise de « Tournage dans un jardin anglais », comédie grand-guignolesque, à « The Road to Guantanamo », drame mi-documentaire mi-fiction, en passant par « Un cœur invaincu » avec Angelina Jolie, sur l'enlèvement et le meurtre réels d’un journaliste par des activistes pakistanais. Des films mémorables auxquels on n’ajoutera pas celui-ci. Heureusement, le bonhomme fourmille d’autres projets. On oubliera donc vite cet « Eté italien » en attendant ses prochaines œuvres.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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