Banniere-Berlinale-2019

UN ÉTÉ BRÛLANT

Un film de Philippe Garrel

Le mépris... du spectateur ?

Frédéric précipite volontairement sa voiture contre un arbre. Retour deux ans auparavant, grâce à son ami Paul, qui nous contera son histoire, et leur rencontre à Paris. Lui était figurant, Frédéric, peintre, vivant avec Angèle, une actrice italienne...

Philippe Garrel l'a confirmé lors du festival de Venise : il fait avant tout des films pour son petit club de fans. Ceux-ci seront donc très contents qu'il s'adresse à eux. Les autres passeront, une nouvelle fois, leur chemin. Inspiré par « Le mépris » de Jean Luc Godard, dont le réalisateur de « Les frontières de l'aube » avoue n'avoir repris que l'essence, mais pas l'enveloppe, la forme, le film raconte au travers des yeux d'un ami, la séparation d'un peintre et de sa femme. Celle-ci, on le sait dès le début, le mènera à sa perte, celui-ci précipitant sa voiture contre un arbre. Malheureusement, n'est pas Jean Luc Godard qui veut et l'auteur semble avoir réduit ici la sublime mise en scène de l'original à des évocations de tableaux d'une bien triste facture. Ceci à l'image du premier nu dans lequel apparaît Bellucci, rêve de Louis Garrel, dans lequel les mots de la belle restent inaudibles.

Malgré tout, certains seront séduits par quelques jolies idées, comme la mise en abyme du récit du tournage de l'attaque des allemands (expliquée par le metteur en scène, jouée par Paul, puis racontée comme une expérience) ou par quelques dialogues amoureux (demander à quelqu'un de l'épouser c'est une façon de dire à l'autre « je crois en toi »), ou amusants (« les Italiens depuis la renaissance, ils se reposent...). Il est cependant difficile de garder son sérieux face à d'autres moments, prétentions d'auteur qui se regarde le nombril et semble incapable d'observer le monde qui l'entoure, ou de sortir d'un microcosme artistico-parisien. On sera donc forcément atterré par la dualité entre les deux personnages et l'opposition entre l'artiste maudit et épicurien, et le militant révolutionnaire, aux idées schématiques et passées de date.

Ajoutez à cela une pauvreté navrante de certains dialogues qui arrivent souvent comme un cheveu sur la soupe : « la question, c'est combien de temps cela va durer », ou encore « en amour c'est chacun pour soi ». Quand ce n'est pas la scène toute entière qui sort de nulle part, comme cette prétendue envolée politique lorsque Paul, qui assiste par hasard à une rafle d'immigrants, lâche un bovin « quelle merde ce Sarko ». Car qu'on soit ou non d'accord sur le fond avec cette « remarque » et le contexte qui amène le personnage à cette réaction épidermique, cela ne fait en rien avancer la cause, et réduit les opposants à l'actuel président à des impulsifs incapables de proposer une solution, et ne faisant que nier le problème posé. Reste au final la dernière apparition du grand Maurice Garrel, comme une parenthèse improbable à la fin d'un film bancal.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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