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UN CRIME

Un film de Manuel Pradal

Deux machinations sur trois fonctionnent… dommage !

La vie de Vincent a basculée lorsqu’il a retrouvé sa femme assassinée. L’enquête qui n’a aboutie à rien, laisse à Vincent un goût d’inachevé qui ne se dissipera que lorsqu’il aura mis la main sur le meurtrier. Sa nouvelle voisine, Alice, est amoureuse de lui. Elle pense qu’elle pourrait le rendre heureux, lui faire retrouver goût à la vie. C’est ainsi qu’elle décide de fabriquer un coupable et de le servir sur un plateau à Vincent… Entre en scène un chauffeur de taxi, Roger, vieux loup solitaire qui ferait une belle proie pour Alice…

Manuel Pradal a tenté les Etats-Unis. Il a bravé les dangers d’une production difficile pour arriver à mettre en boîte son premier film « à l’américaine ». Des décors de New-York (sombre et poisseux) à Harvey Keitel (parfait dans un rôle qui lui va comme un gant), en passant par une histoire tordue d’une paumée prête au pire par amour pour un voisin traumatisé par le meurtre de sa première femme, beaucoup d’ingrédients sont réunis pour faire de ce « Crime » un film de genre sauvage et inspiré.

Mais certains tableaux recèlent davantage de réussite que d’autres. Dans les bons points citons en tête les comédiens. Harvey Keitel impose son retour sur les écrans et rappelle le « Bad Lieutnant » qu’il était dans le film éponyme d’Abel Ferrara. Emmanuelle Béart, toute en contraste, incarne une Phèdre racinienne calculatrice qui fait ce qu’elle fait de mieux : du Béart ! Enfin, le trop rare Norman Reedus, marque tout le film de son spleen troublant. Et Pradal de les diriger de manière impeccable, n’hésitant pas à mettre à nu Béart et Keitel dans une scène des plus charnelles où chacun n’a pas à rougir de sa plastique ! Autres points forts, les décors et la musique qui ne font qu’un. Pradal les fusionne. La tristesse du saxophone renvoie en écho l’image des plages pluvieuses, des appartements mornes des bas quartiers et d’une profonde solitude sur le toit d’un gratte-ciel.

Alors quel dommage de ne pas accrocher jusqu’au bout à une histoire où trois plans machiavéliques se succèdent les uns après les autres. D’abord celui de Béart, le plus dur (difficile), le plus troublant, le plus hésitant ; ensuite celui de Vincent, le plus dur (injuste), le plus direct, le plus libératoire ; enfin celui de Roger, le plus dur (triste), le plus émouvant, le plus incroyable. Tellement incroyable que cette dernière partie semble grossière et alourdit le scénario qui en dépit de très bonnes idées souffrait déjà d’un manque de clarté et d’un fatras d’histoires secondaires pas toujours limpides non plus. C’est au final bien dommage, car la balade en taxi débutait de manière très belle.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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