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TRUMAN CAPOTE

Un film de Cesc Gay et Bennett Miller

Portrait détaillé d’un écrivain de renom, entre investissement personnel et arrivisme

A la fin des années 50, le célèbre reporter du New York Times, Truman Capote, s’intéresse à un fait divers où toute une famille a été abattue à coups de fusils, ceci dans l’espoir dans faire un livre…

Truman Capote est une comédie, à la limite du drame personnel et du film policier. C’est un film qui résulte d’une de ces alchimies rares, qui manquent trop souvent au genre du biopic (biographie filmée), souvent trop académiques ou illustratifs. Ici, le scénariste a choisi de dépeindre son sujet au travers d’une enquête, souffrance intellectuelle et personnelle de cet écrivain, qui attend le dénouement d’une histoire vraie (le jugement, puis l’exécution des présumés assassins), pour en donner sa version. Partagé entre ses élans de cœur vers l’un des condamnés et sa volonté d’écrire un chef d’œuvre qui fera date, on sent le déchirement envahir ce personnage déchiré.

D’une mise en scène sobre et élégante, le film vaut surtout pour la composition de Philipp Seymour Hoffman, magistrale et déjà récompensée d’un Golden Globe. Celui-ci donne à Capote une présence physique et fantomatique à la fois, pour quelqu’un à l’égocentrisme presque envahissant. Les dîners et mondanités récurrentes sont autant d’occasion de faire contraster son côté fanfaron avec ses doutes et accalmies personnelles, envahis par l’alcool, que sa complice et collègue, interprétée avec retenue par Catherine Keener, tente, non sans mal, de contenir.

Tout au long du film, le spectateur est lui aussi partagé entre ce personnage dont l’arrivisme exaspère, et se mêle à une générosité ponctuelle. Tout le suspens tient dans l’image que Truman Capote s’est construit, et dans le doute qu’entretien le scénario sur ses réelles intentions, et sur le déroulement de la nuit du crime. Et cela donne une histoire de solitude, ce malgré une vie avec un autre homme, peut être trop sobrement esquissée, qui malgré les décalages amusants du personnage avec son lieu d’investigation, réussit à vous toucher sincèrement.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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