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TRIANGLE

Un film de Christopher Smith

Un triangle plus proche d’un cercle vicieux

Jess est mère d’un enfant autiste qu’elle élève seule. Ce matin elle est particulièrement nerveuse. Elle est invitée à une petite expédition en mer par Victor, un type qu’elle apprécie beaucoup. Une fois arrivée, Jess ne parait pas être dans son assiette. Malgré tout, la croisière en mer débute et en pleine mer, un violent orage éclate…

Avec un tel pitch, on aurait pu s’attendre à un énième film de naufrage, mais il s’agit plutôt ici d’un petit thriller psychologique d’épouvante, assez malin et construit de manière extrêmement cohérente et solide. Smith nous emporte tout d’abord dans une ambiance aux parfums de mystères grâce à une photographie et une bande son inspirées et envoutantes. En voyant la protagoniste débarquer à la petite virée entre couples avec une gueule d’enterrement, les question et suspicions se bousculent d'emblée. Vient-elle de commettre un meurtre ? A-t-elle assassiné son enfant à coup de pelle car son autisme commençait à lui peser sur le système ? Bref, on sent qu’il s’est passé un quelque chose de louche au cours de cette ellipse qui sépare le moment où elle quitte son fils et le moment où elle arrive sur le ponton.

Dès le départ, il est facile de deviner qu'il s'agit encore d'une énième schizophrène maniaco-dépressive qui a l’habitude de hacher ses proches de manières compulsives et décomplexée. Ceci étant, le réalisateur va se jouer de nos attentes et références avec un certain brio. Car c’est avant tout par le script et la construction du récit que "Triangle" se démarque. Sans vous révéler de quoi il en retourne vraiment (l’intérêt premier de ce métrage est bien de se laisser porter par la découverte de cette intrigue pour le moins torturée), "Triangle" peut s’aborder comme une métaphore sur la punition directement inspirée de la mythologie grecque. C’est assez fin pour n’être que subtilement suggéré et Smith met en exergue un concept kafkaïen particulièrement intéressant qui a déjà pu être exploré dans "L'Armée des douze singes" ou la saison 5 de "Lost"?

Un dernier mot sur Melissa George qui est plutôt crédible dans un rôle assez difficile à composer. C’est aussi grâce à elle que "Triangle" tient autant la route et se révèle finalement être une bonne surprise.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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