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TOMMASO

Un film de Kim Rossi Stuart

Grosse fatigue

Séduisant comédien quadragénaire un tantinet névrosé, Tommaso se pose beaucoup de questions sur l'amour, la fidélité, la longévité affective. Persuadé que sa relation avec sa compagne ne le mènera nulle part, il trouve alors le moyen de se faire quitter pour goûter à nouveau aux joies du célibat. Mais cette nouvelle vie s'avère moins simple qu'espéré…

Vendu comme une comédie à la Woody Allen narrant les pérégrinations amoureuses d'un homme bien de notre époque, le deuxième film de Kim Rossi Stuart (10 ans après "Libero") n'en a malheureusement ni la plume, ni le sens de la mise en scène. Les premières minutes du métrage ont beau intriguer par leur ton comico-dépressif, inédit chez l'acteur-réalisateur et qui n'est pas sans rappeler les premiers films de Nanni Moretti - auquel la barbe soixante-huitarde de Rossi Stuart fait étrangement penser d'ailleurs -, le film s'empêtre vite dans une démonstration laborieuse, chargée de passages obligés (les séances de lamentation chez le psy, les repas interminables chez la mère, les pulsions sexuelles à tous les coins de rue…). Il souffre, par ailleurs, d'un sérieux manque de rythme, ingrédient pourtant indispensable de toute comédie qui se respecte.

Ce qui surprend, malgré tout, est la dimension "roue-libre" du film, notamment lorsqu'il s'engage à mi-parcours vers un tout autre chemin. Il délaisse, en effet, son esprit "chronique de la lose" pour quelque chose de plus sombre, où le protagoniste se trouve pris à son propre piège au contact d'une jeune femme volubile, constatant avec amertume que les lois de l'attraction peuvent être cruelles. Cette rupture de ton aurait pu apporter un souffle nouveau, or, une fois encore, Kim Rossi Stuart rate le coche et le film s'enlise. Les scènes s'empilent sans faire progresser le récit, zigzaguant entre les registres et amenant fatalement le spectateur à perdre complètement le fil de l'histoire. Comme si cela ne suffisait pas, le mauvais goût pointe le bout de son nez lors de douteuses scènes de sexe qui, par leur violence incongrue, créent carrément le malaise.

Au final, "Tommaso" n'est rien d'autre qu'un film nombriliste, un catalogue de situations et de démonstrations d'acting, permettant au cinéaste-interprète d’en cocher toutes les cases. Or s'il fut plutôt convaincant dans le registre du polar ("Romanzo criminale"), Kim Rossi Stuart l'est beaucoup moins dans celui de la comédie ("L'Ex de ma vie"), s'adonnant au cabotinage et fatiguant tout le monde au passage. Pas étonnant que le film, sélectionné sans aucune raison valable à la Mostra de Venise 2016, n'ait pas trouvé de distributeur en France.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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