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TOKYO FIANCÉE

Un film de Stefan Liberski

Une très belle histoire d’amour, sensible et tellement kawaii !

Amélie, installée depuis peu à Tokyo, tente de gagner sa vie en donnant des cours de français. La seule personne qui répond à sa petite annonce est un étudiant prénommé Rinri. Au bout de quelques leçons, l’élève propose à sa jeune professeure de lui faire découvrir la ville à bord de sa grande Mercedes blanche…

Presque née japonaise, Amélie Nothomb a toujours rêvé d’être nippone pour de vrai. Pour remédier à cela, elle plia bagage à tout juste 20 ans, pour aller tenter sa chance à Tokyo. Côté boulot, elle deviendra l’esclave d’une grande société d’import-export qui lui inspirera plus tard l’écriture de son roman « Stupeur et tremblements ». Côté cœur elle tomba sous le charme de son seul élève de cours de français, Rinri. Cette belle histoire, la romancière l’évoquera aussi sur le papier en écrivant « Ni d’Ève ni d’Adam »

En 2003, Alain Corneau adapta à l’écran « Stupeur et tremblements » en faisant de Sylvie Testud, un grouillot polyglotte de la compagnie Yumimoto. Stefan Liberski, adapte à présent l’épisode amoureux sous le titre de sa version anglaise « Tokyo Fiancée ». Contrairement au premier, qui adapta le roman d’Amélie Nothomb presque ligne pour ligne, le second se permet quelques entailles au scénario, en transposant l’histoire à notre époque et en changeant la fin. Cette variante, le réalisateur l’explique fort bien, mais vous dévoiler pourquoi serait criminel si vous n’avez pas encore vu le film.

Cependant, ces quelques libertés d’écriture n’entachent en rien l’esprit du bouquin, car « Tokyo Fiancée » a su retranscrire l’essentiel, le style Nothomb. Auteure populaire de talent, cette dernière séduit avant tout par son naturel jovial autant fantaisiste qu’original. Sa vie est un véritable roman et ceux qu’elle écrit sur elle-même comptent parmi les meilleurs de sa bibliographie. Incarnée à merveille dans le film par une Pauline Étienne pétillante de photogénie, la future romancière oscille ici entre deux sentiments : la soif d’expériences et le désir d’aimer. La balance penchera inévitablement d’un côté et Stefan Liberski parvient habilement à doser le côté « foufou » si charmant de son héroïne pour ne pas occulter sa part de doute et sa mélancolie grandissante. La magie fait effet et nous voilà emporté par cet amour naissant, exalté et à la fois si fragile.

Amélie n’est pas seulement amoureuse de Rinri mais nourrit aussi une véritable passion pour le Japon. Ce pays qu’elle chérit entre tous est très justement évoqué par la caméra du cinéaste qui filme Tokyo avec tous ses paradoxes. À l’image de son héros japonais, la ville révèle sur l’écran, une beauté énigmatique qui séduit par sa réserve autant que par son extravagance. Un joli voyage initiatique souligné d’un amour d’une nationalité pour une autre. Amélie aime Rinri parce qu’il est japonais autant que ce dernier l’aime parce qu’elle est « presque » française (la Belgique semblant bien minuscule vue du Pacifique). Ce postulat aussi séduisant soit-il sera à double tranchant pour notre couple eurasien. Des fiançailles qui enchanteront les amoureux du Japon autant que les fans d’Amélie Nothomb, sans pour autant être élitistes. Quoi de plus universel qu’une belle histoire d’amour quand elle est aussi joliment racontée.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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