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TIRESIA

Un film de Bertrand Bonello

Du mythe grec de Tiresias à un film prétentieux et presque risible

Tiresia est un transsexuel brésilien qui vit à Paris. Un beau jour, Terranova (Laurent Lucas) la kidnappe, et la séquestre, espérant devenir son mari. Mais, privée d'hormones, Tiresia se transforme peu à peu en homme. Terranova lui crève alors les yeux et la laisse pour morte au beau milieu de la campagne, où elle sera recueillie par une jeune paysanne, et découvrira qu'elle a développé un don, celui de lire l'avenir des gens qu'elle touche...

A trop vouloir coller à certains aspects du mythe grec d'origine, Bonello plombe son récit. Si l'on veut croire au miracle, qui donna à Tiresia le don de voir l'avenir en compensation de sa perte injuste de la vue, on se demande pourquoi certains personnages ont été à peine adaptés, dans le monde d'aujourd'hui. On citera ici notamment la jeune Anna, fille simplette et d'une gentillesse à toute épreuve, à l'image de l'enfant innocent du mythe. N'aurait on pas donné une dimension dramatique supplémentaire en évitant de balancer le Tiresia - garçon, entre de bon simplets d'un côté, et de méchants porteurs d'offrandes ou hommes d'église.

Pourquoi avoir adapté ce récit plus qu'improbable, de nos jours ? Si le début est encore plausible, la deuxième partie tourne au ridicule. Et le retour de Laurent Lucas, incarnant comme par hasard le père François, sensé juger de la réalité du don de prémonition de Tiresia, sonne également faux, le spectateur ne faisant pas forcément le rapprochement de l'ordre du symbolique, dû à la proximité des deux personnages joués par le même acteur. Ceci introduit une tension inattendue, voire involontaire, car il se demande si Tiresia va reconnaître la voix de son geôlier, et inversement si le prêtre va reconnaître la femme que son double a séquestré. Le risque étant que l'église devienne le geôlier de ce Tiresia homme.

Un film, qui s'ouvrant sur de magnifiques images de lave en fusion, laissait présager un bouillonnant feux d'artifice de sensation, de passion, mais qui n'est qu'une chronique plutôt calme du martyre caricatural d'un transsexuel, bien entendu brésilien, et de sa résurrection encore plus alambiquée. Cerise sur le gâteau, l'utilisation, oh combien dramatique de l'Allegretto de la symphonie n°7 de Beethoven, comme élément artificiel de dramatisation, malheureusement déjà fort usité (Irréversible…).

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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