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THE HATE U GIVE – LA HAINE QU’ON DONNE

A Starr is born !

Alors qu’elle rentrait d’une soirée avec son meilleur ami d’enfance, Starr assiste au meurtre de celui-ci par un policier blanc. Lorsque son identité de témoin est révélée, la jeune fille doit désormais choisir : garder le silence et laisser cette affaire derrière elle, ou devenir un fer de lance des protestations contre les bavures policières…

Adapté d’un roman d’Angie Thomas, passé totalement inaperçu de ce côté de l’Atlantique, mais best-seller aux États-Unis, "The Hate U Give" s’intéresse avant tout à la quête de la jeune Starr pour trouver sa place dans un monde où les yeux sont focalisés sur son doux visage. Rien ne la prédestinait à devenir une attraction locale, et même nationale, à l’exception de ce prénom que son père était fier de lui donner. La première scène montre d’ailleurs le patriarche déclamer les bonnes manières à adopter ainsi que la façon de se comporter devant un policier. Simplement et frontalement, le réalisateur George Tillman Jr (qui s’était jusque-là signalé avec des actionners sans grand intérêt type "Faster", et des romcoms mielleuses, notamment "Chemins croisés") nous étale les maux de la société américaine, un pays où un homme ne doit pas employer la même posture face aux forces de l’ordre en fonction de sa couleur de peau. Si l’on sent que le film va traiter d’une bavure policière, le cinéaste prend le temps de poser les enjeux et d’exposer ses protagonistes, renforçant l’empathie que l’on pourra ressentir et la puissance dramatique de son propos.

Lorsqu’après une soirée ayant tourné court suite aux dérapages de certains, Khalil et sa meilleure amie d’enfance Starr prennent la voiture, tout semble indiquer que la fin de la nuit sera des plus calmes. Jusqu’à ce qu’un policier leur demande de se garer sur le bas-côté, pour tirer dans le dos du garçon alors que celui-ci avait simplement attrapé un peigne pour amuser sa belle. Le bruit est assourdissant, l’impact est brutal, précisément parce qu’il fait écho à une réalité devenue malheureusement trop banale. La suite, c’est l’histoire d’une gamine qui cherche à comprendre comment s’en remettre, comment rendre hommage à cet adolescent tué sans raison. Doit-elle devenir une porte-parole d’un mouvement ou au contraire rester dans l’ombre, essayer de se murer dans le silence pour effacer l’inoubliable ? Refusant le film-procès, le métrage se focalisera sur les tourments de Starr, dressant en creux le portrait d’un pays malade et d’un environnement où les éternelles problématiques de drogue et de ghettoïsation ne sont jamais bien loin. Mais ici, pas question de grossir le trait, la puissance des mots et de la tragédie originelle se suffisant en elle-même. T.H.U.G. L.I.F.E. Si l’expression est devenue un slogan pour t-shirts, c’est elle qui donne son titre à ce drame poignant et engagé, renvoyant à une chanson de 2Pac, « The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody ». La haine que l’on donne engendre celle des générations futures, finissant par tous nous abattre ; Starr, du haut de ses épaules frêles, osera réfléchir à une solution pour sortir de ce cercle vicieux.

Rythmé, intense, choc et même déchirant, le film parvient à transcender sa forme classique par la profondeur de ses personnages et le talent de ses comédiens. Véritable révélation du métrage, Amandla Stenberg, qui a bien grandi depuis "Hunger Games" où elle interprétait Rue, est impressionnante dans le rôle de cette fille tiraillée entre ses revendications politiques, sa rage et sa discrétion naturelle. Elle qui étudie dans un lycée WASP a pourtant l’habitude de jouer avec les apparences, à se fondre dans des masses antagonistes, comme ses camarades de classe et ses connaissances du quartier ; sauf que cette fois, il n’est plus question d’elle, mais d’une cause plus grande. Si cette évolution est autant bouleversante, au-delà de la qualité du portrait dressé, c’est bien en grande partie grâce à Amandla Stenberg dont il faudra assurément retenir le nom. Quant à "The Hate U Give", il s’agit de l’une des premières claques de cette année 2019, une œuvre qui embrasse totalement sa dimension fictionnelle et romanesque pour façonner un pamphlet saisissant sur les violences policières.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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